Publiée aux Éditions Québec Amérique, la série Noémie a remporté un vif succès chez les jeunes lecteurs qui n'étaient pas insensibles aux fantaisies de cette petite fille de sept ans et trois quarts. Un jour, le producteur Christian Larouche décide de faire une offre afin de porter ses aventures à l'écran. Son auteur donne carte blanche au projet, à condition de pouvoir parler à la personne qui va travailler au scénario. «C'est basé sur l'histoire des quatre premiers livres et le scénariste a rajouté quelques éléments de mes autres romans», raconte le romancier Gilles Tibo, rencontré dans un sympathique restaurant de Montréal. «Quand j'ai écrit ça, je me suis inspiré de ma fille qui avait une super relation avec sa grand-mère.»
«Le secret» suit la destinée de Noémie (Camille Felton) dont les parents workaholic (Marina Orsini et Paul Doucet) décident constamment de la faire garder par sa voisine du haut, Madame Lumbago (Rita Lafontaine). Bien que son époux (Raymond Bouchard) soit décédé, il réapparaît à la petite fille sous la forme d'un fantôme, lui confiant qu'un trésor se trouve quelque part dans l'appartement. Noémie fera tout pour le retrouver. D'autant plus qu'elle peut compter sur l'aide d'un camarade de classe (Nicolas Laliberté).
Ayant baigné dans l'univers de l'enfance avec ses récits publiés à gauche et à droite («Des histoires d'hiver...», «Un état sans point ni coup sûr»), Marc Robitaille n'a pas hésité longtemps avant de mettre la casquette du scénariste. Il savait toutefois que le périple n'allait pas toujours être évident. «C'est un casse-tête d'adapter des romans, raconte-t-il. Surtout des livres très connus. Il faut garder ce que dit l'oeuvre, son sens.»
Ayant obtenu la confiance des producteurs Christian Larouche et Caroline Héroux après avoir transformé en succès les deux «À vos marques... Party!», Frédérik D'Amours est embarqué dans l'aventure sans réserve. En attendant de s'attaquer à «Lance et Compte, le film» et «Angle mort», le réalisateur a plongé dans cette mission sans nécessairement songer à y laisser sa marque. «Honnêtement, je ne me soucie pas de mon style, si style j'en ai un, explique le metteur en scène. Je ne vais pas faire une belle shot seulement pour faire une belle shot. Je suis au service de l'histoire. Il faut que mes comédiens transposent l'idée originale, les émotions. Je ne vais pas me mettre à l'avant-plan. »
«Il faut savoir à qui on s'adresse. Est-ce que je fais un film seulement pour moi et les 50 personnes qui sont dans l'assistance? Il faut que tu saches dans quoi tu t'embarques et après, tu dois avoir du fun.»
Paroles d'enfants
Donner vie à ces personnages longtemps imaginés par le lecteur n'a pas toujours été évident. Surtout de trouver des enfants talentueux qui sont capables de voyager entre le réalisme des situations et des passages plus fantaisistes. Même s'ils n'avaient jamais lu les ouvrages avant d'auditionner, Camille Felton et Nicolas Laliberté en ont impressionné plus d'un.
Entre les séances de fous rires pendant les prises, ils sont rapidement devenus amis, savourant cette expérience unique. « C'était comme un camp de jour super le fun», lance avec sourire la comédienne, qui pourra bientôt être vue dans «Une belle mort» et le «Journal intime d'Aurélie Laflamme». «Avant, tous les camps de jour que j'ai eu étaient plates...»
De son côté, le jeune acteur de 11 ans espère seulement que si une suite est annoncée, qu'il apparaîtra plus souvent à l'écran. «J'aurais aimé ça que mon personnage soit plus présent, mais ça ne me dérange pas, il est tranquille dans son coin.»
Si le long métrage s'adresse à toute la famille, les comparses s'accordent pour dire que c'est le jeune public qui sera le plus susceptible de réagir. «J'ai trouvé que c'était plus un film pour les plus jeunes, qui ont cinq, six ou sept ans maximum, avoue Camille Felton, âgée de 10 ans. Si j'étais une autre personne qui ne connaît pas ça et que j'avais 10 ans, je ne sais pas si je capoterais sur le film. Mais si j'étais un enfant de six ans, je lui donnerais 100%, un 11 sur 10. »
Regards des parents
En plus de proposer une chasse aux trésors, «Noémie - Le secret» rappelle l'importance de la famille, d'aimer et de prendre soin de chacun de ses membres. Tout cela à une époque où le travail prend souvent de plus en plus d'espace. « Les parents sont aussi prisonniers d'un système de gagner leur vie, rappelle Rita Lafontaine. J'ai élevée ma fille seule. J'ai vécu des situations où je devrais la faire garder car je jouais au théâtre.»
Pour Raymond Bouchard, la vie familiale et la nécessité de gagner sa croûte peuvent faire bon ménage, et le rappeler à l'occasion par le moyen du cinéma n'est pas une mauvaise idée. «Si jamais ça donne l'envie aux parents de voir leurs enfants, tant mieux! Il n'y a rien de plus fondamental que de jouer avec eux. » En espérant que ce soit papa et maman et non la gardienne qui se trouvera dans la salle avec l'enfant!
Comme c'était le cas des deux épisodes de «À vos marques... Party!», le regard sur la jeunesse est ici fortement positif et lumineux, ce qui plaît particulièrement à Marina Orsini qui, à une autre époque, était de la distribution du populaire «La grenouille et la baleine». «Il y a beaucoup d'enfants qui vivent leur vie dans le bonheur, dans le bien-être et qui ne se posent pas 92 000 questions, qui ne souffrent pas, qui ne sont pas suicidaires. Il y en a plus qu'on pense. Il y a beaucoup plus de bonnes nouvelles que de mauvaises, mais on met toujours en avant-plan les mauvaises, les drames. Je me promène dans les écoles depuis 18 ans avec Tel-jeunes. Je dirais que je rencontre pas mal plus de jeunes allumés, inspirés, vibrants et vivants de vie que des jeunes fuckés qui se questionnent et qui ont des aiguilles dans les bras.»
«On dirait qu'on veut toujours montrer un côté sombre. Oui, il existe, mais en même temps, il y a bien plus de jeunes heureux que malheureux. À s'y frotter, on le devient aussi. Il faut inspirer ça, il faut souligner ça sans être naïf. Il y en a des belles histoires, il ne faut pas généraliser. Je considère qu'il y a bien plus d'enfants heureux que malheureux sur la Terre, plus de bons parents que des pas bons parents. Et ce n'est pas être cucul, naïf, quétaine! Il faut continuer à croire que le bonheur existe et qu'on peut être heureux dans la vie.»
Le moment ou jamais
Distribuer dans les salles «Noémie - Un secret» pour la période des Fêtes et les congés scolaires est une bonne idée pour la famille, sauf que la compétition risque d'être forte. «On le sort à Noël, mais il va y avoir du trafic, concède Paul Doucet, qui incarne le père de la protagoniste. Il y aura le film sur les Canadiens, le deuxième «Alvin and the Chipmunk», «La princesse et la grenouille», «Avatar»...»
Le scénariste Marc Robitaille espère seulement que ce nouveau titre va relancer les productions de films pour enfants, deux décennies après les célèbres Contes pour tous de Rock Demers qui ont marqué un nombre incalculable de jeunes cinéphiles. « Depuis «Mademoiselle C.», je n'ai pas pu amener ma fille voir un film québécois. C'est un créneau qu'il faudrait développer. Il ne faut pas le laisser aux autres cinémas. J'adore Disney et Pixar, mais c'est bien d'avoir notre propre identité. »
«Noémie - Le secret» prend l'affiche le 11 décembre 2009.