|
![]() |
![]() Critiques de films
|
![]() |
|
Critique du film Fri Os Fra Det Ondevf: Délivrez-nous du mal Dérangent film de genre qui prend son temps avant de tout faire exploser, «Délivrez-nous du mal» d'Ole Bornedal allie une technique irréprochable à de fabuleux thèmes sociaux. Une puissante déflagration qui se permet d'oser à une époque où la prise de risque est de plus en plus prohibée. Attention : finale apocalyptique!
Johannes (Lasse Rimmers) est un homme comblé par son travail et sa famille. Au contraire son frère Lars (Jens Anderson) tire le diable par la queue, surtout après avoir écrasé par mégarde une vieille femme. Afin de se sortir de cette impasse, il fait accuser un étranger simple d'esprit. Au lieu d'appeler la police, le veuf éploré et une bonne partie du village décident d'aller régler le cas au pauvre homme accusé à tort! Connu principalement en Amériques du Nord pour son propre remake de «Nightwatch», le cinéaste danois Ole Bornedal s'est construit une solide filmographie, alliant drame («I am Dina»), récit comique/horrifique («The Substitute») et suspense («Just Another Love Story»). Voilà qu'il combine ces genres pour accoucher de son essai le plus ambitieux à ce jour. Ce ne sont pourtant pas les thèmes qui frappent d'emblée le cinéphile, mais plutôt le soin apporté aux détails. Les décors sont fabuleux, tout comme la formidable photographie. Les paysages nordiques baignés d'une lumière unique campent rapidement une atmosphère particulière qui ne cessera d'étonner du début à la fin. La musique extrêmement mélodique est là pour faire réagir, et elle y arrive aisément. La première partie, lyrique à souhait, présente les nombreux personnages grâce à une narration digne d'Amélie Poulain. Un élément déclencheur sèmera rapidement la zizanie, sauf que la tension tardera avant d'apparaître. Au lieu de tout précipiter, le réalisateur prend son temps d'étudier les mœurs et les coutumes de ce lieu pas nécessairement recommandable. Les habitants locaux ne semblent pas beaucoup aimer les étrangers, le principal clan familial est fractionné de tous les côtés (quelques passages rappellent le «Brothers» de Susanne Bier), et le mensonge finira par empoisonner ce qui reste de relations entre les gens. Les conflits se règleront donc tous dans la dernière demi-heure, particulièrement brutale et sanglante. Devant la mort, l'homme redevient une bête qui a soif de vengeance, mettant en pièce sa foi religieuse. Ce ton d'auto-justice qui peut évoquer «Dogville» et «Le Neg'» se heurte à la philosophie humaniste du gentil père de famille qui fera tout pour protéger l'étranger bosniaque qui n'a jamais été jugé. Comme dans la tradition des westerns («The Chase» d'Arthur Penn par exemple), l'affrontement sera inévitable, ne faisant que des victimes des deux côtés de la frontière. Les forces de l'ordre en prennent pour leur rhume, tout comme les proches du héros qui seront peu à peu infestés par cette violence de survie. Le tout ne pourrait qu'être lourdeur et barbarie si le metteur en scène n'y insufflait pas une bonne part d'humour et d'autodérision. Cette descente aux enfers s'apparente à un grand opéra rock onirique, une mise en garde face aux dérives des valeurs d'une société de plus en plus coupée des autres et centrée sur elle-même. Un conte, aussi absurde qu'imprévisible, que vient embrasser une superbe réalisation stylisée, des comédiens généralement crédibles et une féroce charge sociale. L'antidote à toutes les productions sans âme qui polluent à chaque semaine.
| ||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|
|
|
|
aussi dans notre famille
|