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Critique du film Tromper le silencePetit film québécois qui traite de sujets majeurs, «Tromper le silence» inspire l'indifférence. Malgré ses grandes qualités techniques et une interprétation irréprochable, l'ennui s'invite malgré tout à la danse.
Viviane (Suzanne Clément) a toujours été proche de son frère Frédéric (Sébastien Huberdeau). Après une dispute, celui-ci est parti sans laisser de trace. La sœur photographe pense avoir trouvé un moyen de se racheter en s'intéressant à Guillaume (Maxime Dumontier) qui semble posséder la même énergie que son frangin. Le jeune homme, aussi mystérieux qu'énigmatique, a tendance à s'automutiler, ce qui ne peut que cacher une blessure profonde... À sa sortie en 2001, «Crème glacée, chocolat et autres consolations» a remporté quelques distinctions avant de disparaître des radars. Depuis ce temps, la réalisatrice et scénariste Julie Hivon a travaillé pour la télévision, concoctant tout de même un court métrage et un livre. La voilà revenir en force avec «Tromper le silence» au titre assez imagé. Le récit, délibérément lent et dépouillé, emprunte par moment la démarche artistique d'un François Delisle ou d'un Rodrigue Jean. Le mystère plane à l'horizon, montrant une héroïne qui n'a plus tous les atouts pour vivre correctement. Depuis la disparition de son frère, elle ère dans une ville grise et enneigée, que représente admirablement une photographie soignée. À ce chapitre, la réalisation presque poétique propose différents filtres de couleurs, surtout lors des épisodes de retours dans le temps. Ce procédé pose rapidement les jalons d'une rupture, d'une brèche qu'il faut absolument colmater avant qu'il ne soit trop tard, tout en offrant un beau personnage à Suzanne Clément, une des actrices les plus sous-utilisées du cinéma québécois Cette exquise entrée en matière perd un peu de sa force vitale au contact de la seconde histoire. Guillaume passe son existence à s'autodétruire pour des raisons évidentes à deviner. Il s'ouvre timidement au contact de Viviane qui voit en lui une magnifique perle que vient trop souvent brimer l'huître. Le duo fonctionne grâce aux talents des comédiens (après l'excellent «Tout est parfait», Maxime Dumontier met à nouveau son corps au service de son personnage), mais ni le scénario un peu laborieux ni le rythme en demi-teinte ne convainc totalement. Devant un tel potentiel dramaturgique (Claude Prégent campe un père absolument fascinant), l'ouvrage tend à s'enliser, et les dialogues pas toujours crédibles ne pourront venir à la rescousse. Lorsque l'émotion apparaît finalement lors des derniers moments, elle est gâchée par une conclusion beaucoup trop évidente et lumineuse qui rompt avec le climat de morosité affiché jusque-là. Contrairement à une Sophie Deraspe qui maîtrise totalement ses essais (le mémorable «Les signes vitaux» en est un très bon exemple), Julie Hivon ne semble pas toujours savoir quoi faire de «Tromper le silence». L'effort attire rapidement l'attention par son soin apporté à la lumière et les protagonistes livrent de solides prestations, sauf que tout cela est un peu vain devant les importants enjeux qui auraient mérités une plus grande impulsion de vie. Là la souffrance touche peu, ce qui est tout sauf normal.
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