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Non, Y’en aura pas de facile

Critique du film Y'en aura pas de facile

Légende:
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1 = médiocre
2 = moyen
3 = bon
4 = très bon
5 = extraordinaire

La balance du cinéma québécois se poursuit. Pour un bon film, un mauvais prend l'affiche. Comme le cinéphile a pu se délecter de «Trois temps après la mort d'Anna», voilà qu'il trouvera le temps long devant «Y'en aura pas de facile» où une horde de comédiens connus tentent de faire oublier l'absence de scénario.

Il y a quelques années, les réalisateurs Simon-Olivier Fecteau et Marc-André Lavoie offraient «Bluff», une sympathique comédie déconstruite sur les tralalas du quotidien. Maintenant seul aux commandes, le metteur en scène, scénariste, producteur et monteur Marc-André Lavoie propose «Y'en aura pas de facile», un long métrage qui ressemble beaucoup au précédent, autant par ses thèmes que par sa riche distribution. Il n'y a finalement que les rires qui ont presque totalement disparus, tout comme l'intérêt.

Réjean (Rémy Girard) écrit les biographies de gens connus. Afin de se trouver une copine, il décide d'adhérer à Réseau Contact. Il doit toutefois inclure une vidéo le décrivant. Habitué à déformer la réalité, il modifie le passé, racontant la vie tumultueuse de sa mère tout en embellissant sa propre existence au sein de ses multiples conquêtes.

Le regard (désintéressé ou non) de celui qui décrit une histoire. C'est la clé de quelques-uns des meilleurs films du cinéma, de «Rashomon» à «The Usual Suspects». Le narrateur a souvent le dernier mot et il peut manipuler le spectateur à sa guise, l'emmenant vers des faux-semblants. Peu importe la vérité finale, c'est le voyage qui en valait le coup. Ce principe est de mise ici. Le protagoniste campé par Rémy Girard remonte le fil de ses souvenirs sans logique ni cohérence. Les années se succèdent et se chevauchent, alors que ce qui est décrit par Réjean ne respecte pas toujours ce qui apparaît à l'écran. Ainsi il traite de son enfance mais sans la reconstitution d'époque, ce qui peut s'avérer mélangeant et même lassant.

Un autre effet de ce choix narratif est d'utiliser plusieurs acteurs pour camper le même personnage. Sauf que cela amène une fausse complexité et profondeur superficielle à l'ensemble (multiples personnalités, idéaux féminins, etc.). Surtout que ça ne transformera pas pour autant l'objet en un «I'm Not There» québécois. Le scénario, extrêmement simpliste, ne possède pas suffisamment de marge de manœuvre pour surprendre outre mesure. Il est toujours question du rapport difficile face aux femmes et du quotidien qui peut se compliquer à la vitesse de l'éclair. Ces sujets universels sont décrits par une succession de sketchs inégaux dont la plupart tombent à plat.

Les personnages, qui manquent à la fois de saveur, de couleur et de profondeur, apparaissent généralement en nombre de deux ou de trois. Comme dans le précédent «Bluff», les «affrontements» se font en petit groupe, ce qui ne permet pourtant pas aux interprètes de briller. Si le public s'intéressera à l'ouvrage à cause de sa distribution (les Denis Bouchard, Rachid Badouri, David Boutin, Suzanne Clément, Claude Legault, Patrice Robitaille, Pierre-Luc Brillant et autres Mahée Paiment se succèdent), aucun n'arrive réellement à se faire valoir, si ce n'est Emmanuel Bilodeau et Nicolas Canuel qui partagent une scène délicate distillée par une émotion surfaite.

Le procédé ne tournerait pas en vain si l'humour ou la tendresse était au rendez-vous. Ces éléments se font cependant attendre, apparaissant et disparaissant beaucoup trop rapidement. Après «Cabotins» et «Filière 13», «Y'en aura pas de facile» est un autre essai qui porte drôlement bien son nom.

 


lecinema.ca a aimé :
  • Le casting fait rêver
  • La mise en scène est parsemée de bonnes idées…
lecinema.ca n'a pas aimé :
  • … dommage que le résultat à l’écran ne soit pas probant
  • Pourquoi réunir autant de gens compétents si ce n’est pour les montrer que dans deux ou trois séquences?
  • Les ellipses chronologiques sont un peu abruptes et la reconstitution d’époque laisse à désirer
  • Le scénario est bien mince
  • Le rire et l’émotion étaient beaucoup plus présents dans le précédent «Bluff»

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