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Buffet de Piranha

Critique du film Piranha 3D

Légende:
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1 = médiocre
2 = moyen
3 = bon
4 = très bon
5 = extraordinaire

La trois dimension est dorénavant un prétexte pour n'importe qui. Cela explique la renaissance de «Piranha», un indécrottable navet de série Z qui ne satisfera en aucun point les amateurs du genre. Alors imaginez les autres!

L'histoire est un éternel recommencement... mais en moins bon. En 1978, une année à peine après le triomphe planetaire de «Jaws», le cinéaste Joe Dante (un protégé de Steven Spielberg qui allait plus tard mettre en scène l'ingénieux «Gremlins») en offrait une parodie tout à fait jubilatoire. Sans être un bon film, «Piranha» divertissait au possible. Le succès fut tel qu'une suite désolante (gracieuseté de James Cameron) allait voir le jour trois ans plus tard, ainsi qu'un remake horrible en 1995. Comme la trois dimension est à la mode ces temps-ci, quelqu'un, quelque part, a pensé que cela pouvait être une bonne idée de ressusciter ce nanar. Terrible idée!

Le scénario n'a presque rien à voir avec la version originale. Au lieu d'une prémisse socialement engagée (gracieuseté du renommé John Sayles) qui traitait de vilains poissons créés pendant le conflit au Viêtnam, ces assassins aux dents meurtrières existent maintenant à cause d'une secousse sismique qui les a libéré de leur captivité. Maintenant sans attache, ils peuvent aller dévorer à leur guise de la chair fraîche qui se trouve dans le lac d'à côté.

Le seul moment potable de ce long métrage est son introduction. Un homme incarné par Richard Dreyfuss (eh oui, le héros de «Jaws») est sur une chaloupe et il se fait déchiqueter par de terribles bestioles. Le ton est alors lancé: «Piranha 3D» sera tout sauf politiquement correct, faisant couler à flot l'hémoglobine comme pouvait le faire le Freddy ou Jason de la première génération.

Ce n'est pourtant pas une raison pour prendre le spectateur pour un abruti. L'effort s'adresse aux amateurs de comédie horrifique gore et ce sera le premier public à être déçu. Bien qu'il soit possible de rire à une ou deux occasions, le réalisateur Alexandre Aja se prend tellement au sérieux que son travail laisse complètement de marbre. La ou un Robert Rodriguez aurait pu se laisser aller à la dérision la plus totale, l'homme remarqué par le brutal «Haute tension» ne fait preuve d'aucune imagination, recyclant les situations attendues qui manquent à la fois de suspense, d'humour, de tension et d'horreur.

Ce sont cependant les deux scénaristes qui demeurent responsables de ce ratage incontesté. Les clichés règnent comme monarque absolu, apparaissant toutes les deux secondes. Les personnages (quelques visages sont reconnaissables, dont Elisabeth Shue, Ving Rhames et Christopher Lloyd, le Doc de «Back to the Future») n'ont rien à faire qu'à devenir le buffet de leurs proies, et la conclusion ouverte laisse envisager une suite, ce qui serait tout simplement catastrophique. Les féministes voudront également se pencher sur cet essai complètement misogyne. Pratiquement toutes les femmes ne servent qu'à être en bikini, s'enduisant de la bière en se frottant sur tout ce qui bouge. Ce traitement rétrograde digne du soft porn est bien entendu une mauvaise blague, au même chapitre que cette jeunesse droguée qui passera un mauvais quart d'heure par l'entremise des méchants bonhommes sept heures. Un concept de droite qui laisse un très mauvais goût en bouche. Dans une scène particulièrement évocatrice, un jeune homme prend la poudre d'escampette en bateau, déchiquetant ses semblables au lieu de les aider.

«Piranha 3D» est donc une grande oeuvre sur la bêtise humaine. Il en fallait beaucoup pour accoucher de quelques chose d'aussi mauvais et indigeste, qui n'a aucune difficulté à rivaliser avec «Furry Vengeance» et «Hot Tub Time Machine» comme pire «film» de 2010. Apres trois échecs consécutifs (le remake de «The Hills Have Eyes», «Mirrors» et «Piranha 3D»), personne ne pourra prendre au sérieux Alexandre Aja. Tout ce qu'on lui demandait est de divertir en multipliant les cadavres, ce qu'il n'arrive même pas à faire le moindrement du monde.


lecinema.ca a aimé :
  • Les cinq premières minutes sont prometteuses
lecinema.ca n'a pas aimé :
  • Quel scénario sexiste et insultant
  • Le rire a dû être coupé au montage
  • Il n'y a aucune tension, et les effets horrifiques ne font guère réagir
  • Le réalisateur se prend terriblement au sérieux
  • Avoir fait appel à des robots plutôt qu'à des humains n'aurait fait aucune différence
  • Les effets en trois dimensions n'amènent rien au récit

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