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Critique du film Le concertPlein de tendresse et de bons sentiments, «Le concert» confirme la propension du cinéaste Radu Mihaileanu d’accoucher de très sympathiques films à la fois sociaux et humains mais qui manquent souvent d’une pincée de paprika pour le rendre vraiment unique et mémorable. Il y a 30 ans, Andrei Filipov (Alexeï Guskov) était le plus grand chef d’orchestre de l’Union soviétique. Le destin lui permet de remettre son existence dans les rails. En effet, il a l’opportunité d’offrir un important concert à Paris. Tout ce qui lui manque est de trouver une cinquantaine de musiciens, de se fabriquer des visas et de convaincre de nombreuses personnes qu’il dirige toujours l’Orchestre du Bolchoï! Une mission irréalisable pour la plupart, mais pas pour ces gens qui ont vécu de très près la Guerre Froide.
Radu Mihaileanu est un drôle de réalisateur. Immigré en Israël et en France après avoir quitté la Roumanie, il aborde sans cesse le sort des laissez pour compte, développant avec humour la situation juive, remettant constamment en question le rôle de l’identité. Découvert par son tendre «Train de vie» en 1998, il n’avait plus offert de nouvelles depuis son très bon «Va, vis et deviens» en 2005. Il n’est donc pas surprenant de le voir réapparaître dans ce récit qui porte en tout point sa griffe.
Le contexte est d’abord fragmenté et mondialisé, à la fois social, politique et économique. Au lieu de la guerre ou d’une nation en ruine, les protagonistes errent dans l’ancienne Union soviétique. Ils ont perdu leurs repères et leurs fondements, comprimés entre le communisme nostalgique et le capitalisme sauvage. La première partie, drôle et cocasse, relate cet endroit en perdition, avec une multitude de personnages qui aimeraient bien refermer une bonne fois pour toutes les plaies du passé. Devant un trou aussi béant, la souffrance (du pays, de l’individu…) sera toujours vive et ce, même s’il est permis d’espérer…
C’est justement par ce numéro de prestidigitation que le metteur en scène propose une évasion vers la France. Il y aura un clivage culturel qui s’affiche dans les mœurs, les coutumes, le mode de vie et la langue. En plus d’entraîner avec lui des Russes, il y a également des Juifs et des Gitans! Ce melting-pot passera toujours à un chevet de tout faire rater, mais bien entendu, la lumière aura le dernier mot tout au fond du tunnel. Ce qui revient aux intentions de l’auteur, à la fois nobles et naïves, qui dessinent finalement des personnages de tout azimut qui n’évitent pas les stéréotypes d’usage pour leur faire vivre des expériences beaucoup trop extraordinaires pour le commun des mortels. Cela se répercutera sur la conclusion, spectaculaire mais moralisatrice au possible, qui rappelle qu’avec un peu de bonté, rien n’est impossible. Une magie qui est parfois difficile à accepter.
D’ici là, le long métrage a tôt fait de suivre des humains et non des symboles. Il développe un filtre léger sur des traumatismes anciens (l’époque de Brejnev), prenant soin de ne pas trop retourner dans le passé, suivant avec passion cette troupe de doux dingues qui semblent sortir d’un opus d’Emir Kusturica. En figure éplorée, Alexeï Guskov semble porter le poids du monde sur ses épaules. Il est la lumière de l’entreprise, le principal fil conducteur, qui peut compter sur une solide distribution secondaire qui comprend notamment Dmitry Nazarov, Mélanie Laurent, Miou Miou et François Berléand. Rajoutez à cela la fantastique trame sonore d’Armand Amar (qui a été récompensée d’un César) et il y a tout pour séduire un public qui aime un peu s’écarter des conventions.
Par sa prémisse, «Le concert» pouvait rappeler l’exquis «La visite de la fanfare» d’Eran Kolirin. Il ne s’agit toutefois pas d’une œuvre aussi fine et fignolée. Le résultat, toujours agréable et rafraîchissant, prêche par facilité, et à l’instar de ses supérieurs «Train de vie» et «Va, vis et deviens», il semble y manquer un élément primordial pour marquer pleinement les esprits. Reste un divertissement de haut vol beaucoup plus intelligent que la moyenne.
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