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Critique du film Tales From the Golden Agevf: Contes de l'âge d'or Après avoir mis le cinéma roumain sur la carte grâce à son superbe «4 mois, 3 semaines, 2 jours» qui lui a permis de mettre la main sur une Palme d'Or très méritée, Christian Mungiu convie des cinéastes de son coin de pays de mettre en son et en images quelques légendes urbaines. En résulte «Contes de l'âge d'or», une série de sketchs aussi drôles qu'intelligents sur la vie sous Ceausescu.
L'idée ne manque pas de séduire. Quelques réalisateurs connus ou non décident de se regrouper pour faire revivre une période importante de leur histoire. Le concept n'est pas nouveau et il est surtout appliqué à des lieux (New York, Paris, Montréal, Tokyo), mais avec des résultats généralement inégaux et, ultimement, anecdotiques. Ce n'est pas le cas de ce long métrage en cinq temps conçus par Christian Mungiu, Ioana Uricaru, Hanno Höffer, Ràzvan Märculescu et Constantin Popescu. Comme l'indique son titre, ce sont les contes qui sont à l'honneur, cette façon de raconter une histoire qui s'adresse à toutes les strates de la population. Des légendes extrêmement démonstratives des années 1980 sous la dictature de Ceausescu, dont son règne s'est terminé abruptement par le pouvoir - et manipulation - de la télévision. Pas surprenant que le culte de l'image et des apparences prennent autant d'importance. Déjà dans «La visite officielle», les habitants d'une petite localité font tout, à la façon de «La grande séduction», pour que leur village paraisse bien aux yeux des instances supérieures. Sur un ton gentil et burlesque, le récit développe des personnages fins et attachants qui vivent des situations extraordinairement normales. La satire prend un peu d'épaisseur dans «La photographie en une» où les censeurs obligent un journal de propagande de modifier une photo de leur chef d'état pour qu'il paraisse aussi grand que celui des autres nations! Même si un micro disparaît un peu trop tardivement d'un plan, l'ensemble se suit avec grand intérêt, avec un énorme sourire aux lèvres. Le sérieux prend le dessus de «Livreur de poules», probablement le segment le plus long, qui rappelle la corruption «inoffensive» sous le régime communiste et la nécessité de toujours obéir à des ordres même s'ils semblent farfelus. Tout cela par l'entremise d'un honnête homme qui est amené au crime à causes des pulsions qu'il ressent envers une femme séduisante. Encore là, l'ironie prend le pas sur des aspects plus moralisateurs, avec un regard omniscient qui ne juge jamais les âmes. Cela n'empêche pas de décrire avec minutie et un peu de cynisme l'état des lieux, notamment pendant «Policier affamé», où une famille cherche le meilleur moyen de tuer un porc sans réveiller les voisins. L'intelligence du propos et de la démarche éclipsent ces stéréotypes qui finissent tout de même par apparaître ici et là. La cerise sur le gâteau demeure «Marchands d'air», une formidable allégorie sur le capitalisme sous fond de «Bonnie & Clyde», avec deux individus qui cherchent à s'enrichir en profitant de la naïveté de leur entourage. Sans temps mort ni moment superflu, cette finale absolument brillante vient clore d'une bien belle de manière une des meilleures successions de courts métrages à avoir été distribué en salles ces dernières années. Pour mieux saisir la Roumanie et faire un voyage éclair dans le temps sans jamais rompre avec les fibres nostalgiques et réalistes où la politique, l'économie et le regard sur l'humain font bon ménage, il n'y a rien de mieux en ce moment que ces «Contes de l'âge d'or».
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