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Critique du film Repo Menvf: Repreneurs Dévoré par son ambition, sa multitude de thèmes sous-jacents et sa façon de changer de genre presque à chaque instant, «Repo Men» est un film facile à détester. Pourtant, derrière son écran de fumée émane une œuvre apocalyptique parfois inégale et ratée, mais également fascinante et déstabilisante. À consommer avec modération.
Dans un futur rapproché, l'Union sait comment faire fructifier son capital, vendant à grand coup d'intérêt des organes humains. Si les gens ne payent pas la note salée tous les mois, l'entreprise dépêche ses agents pour reprendre ce qui leur appartient. Après un accident, le bon et dévoué repreneur Remy (Jude Law) se sent incapable de reprendre le boulot. Pire, il n'a plus d'argent pour s'acquitter de son nouveau coeur. Il devra trouver un moyen d'échapper au système, car son ancien patron (Liev Schreiber) est sur le point d'envoyer son meilleur ami (Forest Whitaker) à ses trousses. «Repo Men» est un objet bordélique, qui pille pratiquement tous les importants longs métrages de science-fiction des 30 dernières années («Brazil», «Blade Runner», «Dark City», «Minority Report» et la liste est longue), régurgitant une entité qui, ironiquement, est loin d'être désagréable. Mais il faut être averti et s'accrocher dans cette montagne russe pas toujours saine d'esprit, qui va dans toutes les directions, touchant autant à l'essentiel (la quête de l'humanité) qu'à l'éphémère («un travail, c'est un travail»), ce qui risque d'avoir des répercussions diamétralement opposées chez le spectateur. Il s'agit tout d'abord d'un récit d'anticipation bien de son temps. Une critique des sociétés parfaites, de la dérive du capitalisme vers le totalitarisme, de la crise économique qui touche pratiquement toutes les classes sociales. Des thèmes qui peuvent, par endroits, paraître prétentieux. À une époque où tout est permis (autant dans la vie de tous les jours qu'à la télévision), le cinéaste Miguel Sapochnik s'en donne à cœur joie, offrant en prime une très grande violence graphique, celle qui fait détourner la tête par tant de barbarie et de détails sanguinolents. Un parti pris risqué, qui se retourne parfois contre lui, mais qui a le mérite de rappeler comment les longs métrages - souvent américains - préfèrent davantage montrer des têtes arrachées que deux corps en train de copuler (ce qui explique pourquoi on ferme la lumière au moment où cela devient intéressant). Comme si ce n'était pas suffisant, le réalisateur insuffle un second degré à ses répliques et à ses situations. Un humour parfois très noir et sardonique, politiquement incorrect, qui peut rappeler celui de Takashi Miike. C'est cette figure légendaire du cinéma nippon qu'il faut garder en tête pour apprécier l'ensemble, sinon c'est facile de se faire larguer dès les premières minutes. Cet amour envers le septième art asiatique n'est pas le seul. Le spectaculaire combat final est très fortement inspiré de l'inoubliable «Oldboy» de Park Chan-wook, et il y a même un marteau en prime! Sorte de subversif «Dr Jekyll et Mr Hyde» autant sur le plan du scénario (le principal personnage féminin s'agence mal à l'ensemble, mais cela ne gâche pas l'envie de lire le livre d'Eric Garcia), de la mise en scène (le montage beaucoup trop tapageur est accompagnée d'une très sentie trame sonore de Marco Beltrami) que de l'interprétation (Liev Schreiber s'avère hilarant, Forest Whitaker joyeusement caricatural, alors que Jude Law semble parfois plus plastique que dans «A.I.»), «Repo Men» subira certainement la même classification rapide et primaire accordée au «Starship Troopers» de Paul Verhoeven et le «Southland Tales» de Richard Kelly : du tape-à-l'œil, beaucoup d'hémoglobine et de la douteuse matière grise, ce qui n'est évidemment pas le cas. Une bien drôle de chose, pas catholique pour deux sous ni réellement originale, qui risque peut-être un jour de devenir culte lorsqu'elle sera redécouverte en dvd ou à la télévision.
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