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Critique du film Lucidité passagèreLes préoccupations des trentenaires dictent «Lucidité passagère», le premier long métrage de quatre jeunes cinéastes. Parfois un peu trop précieux et prétentieux sur les bords, mais généralement touchant et agréable à regarder.
Joies et déceptions au sein de quelques personnes qui se croisent, s'aiment et se quittent. Rémi (Daniel Parent) n'est pas bien dans sa peau et il cache un terrible secret. Véronique (Hélène Florent) aimerait bien trouver quelqu'un qui l'aimera malgré son passé. Mathieu (Mario St-Amand) est au bout du rouleau, prêt à craquer à chaque instant. Et il y a Fred (Érik Duhamel) qui cherche son style afin de séduire la gente féminine. «C'est pas long une vie.» Voilà la phrase clé de cet essai mis en scène par Fabrice Barrilliet, Nicolas Bolduc, Julien Knafo et Marie Hélène Panisset. Il sera donc question du sens de l'existence, mais également de l'apport au travail, à l'amour et à la maladie, du sentiment de culpabilité et de la sensation ne pas s'accomplir totalement. Dans une société hyperactive où la performance est de mise, le choix est parfois déchirant entre suivre sa voix intérieure et celle de s'engager dans un emploi stable qui permet de vivre en toute sécurité. Demain fait peur, encore plus cette vieillesse qui représente l'inconnu, ce stade qui attend tout un chacun. Devant ces grandes thématiques existentielles et universelles, les créateurs ont façonné une oeuvre chorale satisfaisante, quelques fois un peu maniérée et moralisatrice, mais souvent juste et précise. Sans renouveler le genre, se déroulant à Montréal et ensuite à New York sur une échelle chronologique perpétuée d'ellipses, la réalisation demeure planante, transcendée par quelques beaux flashs, des moments d'une infinie tendresse et une onctueuse trame sonore qui presque oublier que le tout est une adaptation d'une pièce de théâtre de Martin Thibaudeau. Le sujet n'est pas neuf (il est aisé de songer à «Eldorado», «Un crabe dans la tête» et même «Québec-Montréal») et le traitement s'avère forcément inégal (le segment sur le gars qui modifie ses tactiques de séduction semble parfois superflue), sauf que les conséquences de la démarche - qui n'est pas nécessairement éloignée de celle d'un Claude Lelouch - intéressent au plus haut point. La prémisse pique la curiosité en interpellant rapidement, et si les personnages ne sont pas tous développés correctement (ils ne sont que différents aspects d'un tout encore plus grand), l'interprétation d'ensemble mérite le détour. Surtout pour la composition nuancée de Daniel Parent (un excellent acteur que l'on voit trop peu) et celle en demi-ton d'Hélène Florent. À la fois drôle, triste et mélancolique, «Lucidité passagère» est un éloquent reflet de son époque où les gens passent leur temps à se chercher, avançant à tâtons, ne désirant pas faire de mal à quiconque mais finissant par heurter les sentiments de leurs proches. Une petite production pas toujours au point qui cherche trop à tout englober dans ses 75 petites minutes, mais qui possède néanmoins un potentiel non négligeable. L'idéal pour alimenter les discussions.
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