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Les signes vitaux soulagent l’âme

Critique du film Les signes vitaux

Légende:
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1 = médiocre
2 = moyen
3 = bon
4 = très bon
5 = extraordinaire

Admirable second effort de Sophie Deraspe après son remarqué «Rechercher Victor Pellerin», «Les signes vitaux» affine un style unique et foisonnant qui a très peu d'équivalent dans la Belle Province. Surtout que la cinéaste aborde ici des thèmes essentiels comme la vie, la maladie et la mort. Un très grand film.

Simone (Marie-Hélène Bellavance) a décidé de s'investir entièrement en faisant du bénévolat dans un centre de soins palliatifs. Elle y rencontre des gens souvent admirables qui en ont plus pour très longtemps. Ce dévouement ne fait pas que des heureux. Son copain Boris (Francis Ducharme) se sent délaissé, questionnant cette passion soudaine envers les autres, se demandant si l'élue de son cœur ne cherche pas à fuir une partie d'elle-même.

La Grande Faucheuse. Personne n'y échappe. Encore moins le cinéma québécois de ce début de 2010. Après la vengeance de «Les sept jours du Talion» et le suicide assisté dans «La dernière fugue», la mort est à nouveau abordée de front, cette fois par l'entremise d'êtres vieillissants qui attendent bien souvent la libération du corps. Sans entrer dans des débats religieux ou moraux sur les bienfaits de l'euthanasie, la réalisatrice a plutôt opté pour une approche sensorielle. À l'instar des ouvrages de Bernard Émond et de Catherine Martin, les mots ont bien peu d'importance. Tout passe par les silences, les regards, le rythme lent et posé, les intentions sous-jacentes. La photographie est souvent au plus près, scrutant à la loupe les imperfections de l'existence, les effets de l'âge sur les individus et du cruel hasard sur la condition physique de l'héroïne.

Le sujet grave est traité sobrement, sans trop de lourdeurs ni d'effets inutilement stylisés. Comme elle l'avait fait précédemment pour «Rechercher Victor Pellerin», la metteure en scène brouille la fine ligne entre la fiction et le documentaire, ce qui lui permet de se rapprocher et de saisir le réel. Une démarche qui aurait pu être lourde si des pointes d'humour n'émanaient pas comme ce frêle papillon sur un champ de bataille. Quelques moments plus fantaisistes agissent telles des oasis salvatrices, relativisant la notion de temps, rappelant la nécessité de profiter du moment présent. À cet effet, la musique utilisée est en grande partie responsable de cette évasion au-delà de la fatalité, et quelques symphonies pourront en surprendre plus d'un.

Écrit avec soin par Sophie Deraspe et bénéficiant de répliques généralement justes (quelques passages manquent parfois de naturel), le scénario en apparence simple et limité déploie ses tentacules, n'épargnant ni la sphères sociale (le bénévolat, la relation de partage avec les malades, le besoin de laisser quelque chose, etc.) ni la sphère privée (le bonheur et les désagréments d'une relation en apparence fusionnelle, les incertitudes en période de doutes et de remises en question...), pour cheminer sur une finale ouverte aux nombreuses interprétations.

L'oeuvre ne serait pas aussi forte et essentielle sans la performance inoubliable de Marie-Hélène Bellavance. Comme l'avait fait avant elle Eugénie Beaudry dans le «Demain» de Maxime Giroux, la jeune comédienne transcende l'écran, ne faisant qu'un avec son personnage, ensoleillant son entourage de sa beauté, de son sourire et de sa grâce. Ce n'est pourtant pas une «Amélie Poulain» de la Belle Province tant sa part d'ombre demeure intrinsèque. Ses complices de jeu sont également tous nuancés dans leur diptyque humaniste/égoïste, de Francis Ducharme à Marie Brassard en passant par une Danielle Ouimet qui surprend par sa douce fragilité.

«Les signes vitaux» n'aura jamais le succès financier de «De père en flic» ni l'engouement de «J'ai tué ma mère». Il s'agit néanmoins du film québécois le plus impressionnant depuis «Lost Song», qui s'inscrit au plus profond du cœur pour ne plus jamais ressortir. Tout n'est pas parfait, sauf qu'il faudra réellement suivre la démarche créative de Sophie Deraspe. D'ici là, il ne faudrait surtout pas passer à côté de ce doux - et parfois difficile - poème à la vie qui fait découvrir la Charlotte Gainsbourg de la Belle Province en la personne de Marie-Hélène Bellevance.

 


lecinema.ca a aimé :
  • Ce désir de raccorder la fiction au documentaire
  • Les sujets nécessaires et douloureux qui sont traités avec beaucoup de sobriété
  • L’approche personnelle et authentique, à la fois physique et délicate
  • L’interprétation riche et courageuse des interprètes, surtout celle de Marie-Hélène Bellevance
  • Le ton et le rythme qui favorise une plus grande introspection
lecinema.ca n'a pas aimé :
  • Quelques dialogues plus didactiques
  • Les moments surréels qui tranchent parfois avec le reste

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