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Le film congelé

Critique du film Romaine par moins 30

Légende:
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1 = médiocre
2 = moyen
3 = bon
4 = très bon
5 = extraordinaire

De l'ennui, encore de l'ennui, toujours de l'ennui : après «Père et fils» et «Le bonheur de Pierre», le regard posé par certains cinéastes sur le Québec ne s'améliore pas.



Romaine est une grande fille de 30 ans toute simple. Un peu bizarre, pas trop méfiante, mais simple. Elle vit à Paris avec son fiancé Justin. Du moins, jusqu'à aujourd'hui alors que son histoire commence à l'aéroport, la veille de Noël. Elle y arrive les yeux bandés. Justin vient de lui offrir un billet première classe pour Montréal avec, derrière la tête, l'idée qu'ils pourraient bien s'y installer tous les deux pour toujours. Mais dans l'avion, catastrophe. Persuadée qu'ils vont s'écraser, Romaine dit tout à Justin : comment elle ne supporte plus ses surprises, comment elle n'aime pas sa vie avec lui, comment il ne l'a jamais fait jouir. Évidemment, arrivée à destination, il la plante là. Bienvenue au Canada, «Welcome to Canada».

Crée et interprété, notamment dans l'éponyme «Romaine» en 1997, par Agnès Obadia comme un alter ego cathartique, une sorte de miss catastrophe à qui l'on ne peut pas reprocher grand-chose, Romaine va cette fois vivre beaucoup de première : d'abord en se confrontant au froid polaire du Québec, ensuite en prenant les traits d'une autre comédienne, l'adorable Sandrine Kiberlain. Quelque part entre un hybride de Mia Farrow et Pierre Richard qui aurait regardé beaucoup de films de Buster Keaton, elle trimballe sa silhouette dégingandée et son indéniable potentiel comique dans les rues enneigées de Montréal avec présence, grâce et charisme, c'est vrai. Mais cela ne suffit pas à sauver «Romaine par moins 30» de l'ennui.

Coproduction entre la France et le Québec, le film s'inscrit en effet dans cette tradition de regards étranges et dérangeants posés sur la Belle province par des réalisateurs en manque d'inspiration. «Père et fils» de Michel Boujenah, «Le bonheur de Pierre» de Robert Ménard : comment les cinéastes parviennent-ils à si mal filmer Montréal et ses habitants, pourquoi ces incessants clichés, pourquoi réduire le Québec à une ville cernée par d'immenses plaines de neige et de glace, pourquoi cet incessant babillage autour de l'épuisé sujet du choc des cultures? Mystère. Ici encore, le pays n'existera que par le froid, tandis que les braves québécois seront réduits à quelques caricatures grossières : la fille sans gêne et sans pudeur (Maxim Roy), le tombeur rustre et nonchalant (Louis Morissette), le bûcheron doux-dingue (Pierre-Luc Brillant) et beaucoup de joual pour la couleur locale.

Mariés à des dialogues sans chair ni consistance, donnant l'impression d'assister à des conversations sans grand intérêt et sonnant creux, une mise en scène et un habillage musical incohérents, une photographie terne et sans vie, pourtant signée Steve Asselin («Mémoires affectives», «St-Martyr-des-damnés», «Un été sans point ni coup sûr») et un ton ne trouvant jamais réellement sa mesure entre drame amoureux et comédie loufoque, ces travers font de «Romaine par moins 30» un film congelé qu'on ne se réchauffera pas, même pas pour un dîner de semaine.

 


lecinema.ca a aimé :
  • Sandrine Kiberlain pour qui décidemment on arrive à avaler beaucoup de couleuvres
lecinema.ca n'a pas aimé :
  • Le regard posé sur le Québec et les Québécois
  • Les dialogues qui sonnent creux
  • Le ton qui hésite
  • La mise en scène et la coloration musicale incohérente

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