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Critique du film RevanchePossiblement le film de vengeance le plus convaincant depuis l'inoubliable «Old Boy» de Park Chan-wook, le «Revanche» de Götz Spielmann explore avec une précision chirurgicale la complexité de l'âme humaine à travers des destins à la croisée des chemins.
Un vol de banque tourne mal. Après avoir vu son amie de cœur (Irina Potapenko) se faire abattre par un policier (Andreas Lust), Alex (Johannes Krisch) ne pense qu'à se venger. Afin de trouver la meilleure revanche possible et inimaginable, le malfrat prend son temps, élaborant méthodiquement plusieurs plans à cet effet. En compagnie de «Valse avec Bachir», «Entre les murs» et «The Baader Meinhof Complex» (toujours inédit au Québec), «Revanche» a vu l'Oscar du meilleur film étranger lui glisser entre les mains, l'Académie lui préférant le long métrage japonais «The Departures». Le drame autrichien peut toujours se consoler en se disant qu'il sortira en format DVD sous la prestigieuse collection Criterion. D'ici là, les cinéphiles peuvent enfin rattraper ce magnifique opus qui a failli être distribué pour le marché de la vente et de la location. La vengeance est un thème récurent, surtout en ce début de 2010 avec des récits qui vont de l'indigeste («Edge of Darkness») au potable («The Lovely Bones») en passant par le très intéressant («Les sept jours du Talion»). Rien n'a pourtant préparé le spectateur à un essai aussi maîtrisé et ravageur que celui de Götz Spielmann. Grâce à une mise en scène précise et méticuleuse, le cinéaste de «Antares» dépasse largement l'éphémère pour toucher à l'essence de la psyché humaine. Il prend son temps de développer ses personnages lors d'une magnifique première partie à la fois réaliste et stylisée, s'aventurant dans des zones obscures de la ville de Vienne où la violence et la prostitution font bon ménage. Il n'y a donc pas de censure entre les deux antihéros, campés avec justesse et retenu par Johannes Krisch et Irina Potapenko. Au fil des intempéries, l'homme derrière «Die Fremde» élargit son sceptre, y intégrant un grand-père vieillissant (émouvant Hannes Thanheiser) et une famille fragilisée par des épreuves difficiles. C'est là que le tandem Johannes Krisch et Ursula Strauss se joint plus sérieusement à la danse, enrichissant des zones de réflexions et d'émotions déjà éparses et sombres. Le premier plan pourrait très bien résumer le propos avec ce galet qui vient troubler l'ordre établi. Tout y est, la suite est seulement enrichie par une histoire développée au scalpel, des personnages fort et une réalisation impressionnante, qui comprend d'ingénieux jeux de miroir, une haletante séquence sous un lit où le son et la vue ne vont pas de paire, de nocturnes et sinueuses promenades dans les bois, etc. Des éléments qui sont toujours au service de la trame narrative, en apparence prévisible et attendue, qui font rapidement éclater les œillères, notamment lors de cette finale aussi intelligente que diabolique. Proche voisin de l'excellent «Les trois singes» de Nuri Bilge Ceylan dans sa façon de traiter les sentiments de tous les jours, «Revanche» n'a pratiquement aucun équivalent contemporain. Il est aussi glacial que le récent «Les sept jours du Talion», éclipsant toutefois les faiblesses du film de Podz grâce à des motivations encore plus troubles et mieux définies. Décidément, l'Autriche est dans le vent, fascinant pour une troisième semaine consécutive (après «Pour un instant de liberté» et «Le ruban blanc»). On a déjà hâte à vendredi prochain...
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