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Les sept jours du Talion pour une vengeance satisfaisante

Critique du film Les sept jours du Talion

Légende:
--------------------------
1 = médiocre
2 = moyen
3 = bon
4 = très bon
5 = extraordinaire

La vengeance n'est pas nécessairement un plat qui se mange froid. Du moins pas pour le personnage principal de «Les sept jours du Talion» qui fera passer un mauvais quart d'heure à l'agresseur de sa fille. Une adaptation brutale mais réussie, violente sans être manipulatrice du roman de Patrick Senécal qui soulevait déjà d'importantes questions morales.

Un médecin (Claude Legault) et sa femme (Fanny Mallette) perdent ce qu'il y a de plus précieux : leur fille Jasmine (Rose-Marie Coallier) qui a été violé et assassiné par un maniaque (Martin Dubreuil). Même si ce dernier est rapidement récupéré par les forces de l'ordre, le père endeuillé ne croit pas à la justice où les condamnés ne font très souvent qu'un tiers de leur peine. C'est pourquoi il décide de kidnapper et de torturer le tortionnaire de sa progéniture. L'inspecteur Mercure (Rémy Girard) et ses hommes ont une semaine pour retrouver cet être qui se mute peu en peu en bête avant qu'il n'abatte sa proie.

Tranchant avec le style plus horrifique, gore et presque burlesque d'Éric Tessier sur les transposions à l'écran de «Sur le seuil» et «5150, rue des Ormes» des mots de Patrick Senécal, Podz (Daniel Grou) a décidé d'explorer de nouveaux horizons. À l'instar de sa série télévisée «Minuit, le soir», il n'hésite pas à embrasser les zones d'ombre des individus. Il le fait avec honnêteté et une étonnante maturité.

Bien qu'il s'agisse de son premier long métrage pour le cinéma, sa griffe est entière et authentique. À la façon du métier de son antihéros, le cinéaste dessine un univers froid et clinique, pratiquement sans vie, ce que vient étoffer ce leitmotiv de l'animal mort, cette absence totale de musique et ce rythme lent où fourmillent ironiquement 1000 sensations. Tout est question de contrastes entre le protagoniste qui cherche à exorciser son mal et le lieu à la fois glacial et magistral qui rappelle quelques œuvres scandinaves.

Le film de vengeance est presque un archétype en soi, et s'il y en a eu d'excellents («Crossing Guard» de Sean Penn, la fameuse trilogie de Chan-wook Park), plusieurs ratages sont au rendez-vous. Ce n'est heureusement pas le cas de ce projet casse-gueule. Au lieu de moraliser ou de manipuler le spectateur, le metteur en scène le traite avec intelligence. Il y a une distanciation qui permet d'éviter que tout soit noir ou blanc. Ce fossé est au service de l'intrigue qui aborde différents thèmes (la dichotomie sur la peine de mort, les peines réduites, le règlement de compte, etc.) sans pour autant devenir un simple essai à thèses.

Le réalisateur a pris le pari de montrer cette violence en ébullition, ce qui donne plusieurs moments éprouvants et insoutenables. Pas surprenant si quelques personnes sortent de la salle ou que la production ne fasse pas exploser le box office comme le plus gentil et aimable «De père en flic». En revanche, les intentions sont louables et le message passe parfaitement, ne donnant pas le goût aux gens d'imiter ce médecin désespéré.

L'interprétation distancée mais néanmoins sentie est tout à fait dans le ton du sujet et de son traitement. Le jeu viscéral de Claude Legault est en réaction à celui plus physique de Martin Dubreuil, l'émouvante Fanny Mallette rappelle le deuil sans trop l'étouffer de mélo, alors que la performance sobre à souhait de Rémy Girard permet aux spectateurs d'aborder des démons qui sont encore là, dans l'ombre, et qui attendent à êtres réglés.

Pour une rare fois, le découpage du livre en scénario (exercé par Senécal lui-même) se révèle autant sinon plus intéressant que le produit littéraire original. L'essentiel a été gardé, il y a eu plusieurs modifications nécessaires au format, et même des rajouts qui apportent une profondeur non négligeable. Le montage un peu brusque et austère pourra en perdre quelques-uns, mais pas pendant très longtemps.

«Les sept jours du Talion» demeure un film de genre original et extrêmement bien fait, sans la moindre once de sensationnalisme ou d'effets larmoyants. Enfin un titre québécois qui ose prendre des risques, ce qui est de plus en plus rare dans le marché actuel.

 


lecinema.ca a aimé :
  • La réalisation maîtrisée et opaque de Podz
  • Les interprètes touchants et sincères
  • Le scénario qui respecte l’intelligence des gens
  • Le rythme contrasté, lent et sans musique
  • La très jolie photographie
lecinema.ca n'a pas aimé :
  • La très grande violence risque d’en dégoûter plus d’un
  • Le montage est parfois brut
  • La seconde partie n’est pas aussi forte que la première

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