Palme d'Or amplement méritée de l'édition 2009 du Festival de Cannes, «Le ruban blanc» débarque enfin sur le territoire québécois, précédé de rumeurs dithyrambiques et d'attentes considérables. Les cinéphiles seront comblés : le dernier opus de Michael Haneke, qui traite à nouveau du sentiment de culpabilité, ne décevra personne.
À la veille de la Première Guerre mondiale, un petit village de l'Allemagne du Nord est secoué par des évènements inquiétants : un piège blesse sérieusement le médecin, des récoltes sont détruites, des enfants disparaissent, une grange passe au feu et il y a même une paysanne qui meure au travail. De quoi semer l'inquiétude au sein de la population qui commence à suspecter leurs voisins...
Par ses thèmes et son traitement, «Le ruban blanc» fait écho au «Dogville» de Lars von Trier et «The Village» de M. Night Shyamalan. Il s'agit à la fois d'un drame malsain, d'une inquiétante œuvre horrifique et même d'une fable annonçant la montée du nazisme et les tragédies à venir lors de la Seconde Guerres mondiales. Fidèle à ses habitudes, Haneke aborde le sentiment de culpabilité par la bande, s'intéressant aux sentiments d'injustice et de vengeance qui grondent de génération en génération, explosant aux visages de gens qui semblent parfaits et sans reproches. Un constat qui rappelle une bonne partie de son œuvre, et principalement «Caché», qui demeure encore à ce jour le sommet de sa filmographie.
Il est toujours question de luttes entre les classes sociales et d'actes qui semblent issus d'esprits machiavéliques. Contrairement aux deux «Funny Games» et à «La pianiste», l'extrême violence a été remplacée par des scènes plus suggestives qui fonctionnent davantage sur un plan psychologique. Il n'est pas rare de retenir son souffle lors de magistraux moments, que ce soient la correction des enfants par un père autoritaire où cette femme qui reçoit les quatre vérités de son amant. Au sein de cette puissante joute psychologique qui n'est pas sans rappeler le travail de Bergman, à peu près tout peut arriver, renvoyant à l'esprit manipulateur et tordu de son créateur qui va bien plus loin que de simplement confronter la pureté et l'innocence de son titre aux répercussions dantesques des actions exercées.
Il faut toutefois être prévenu que de pénétrer dans un tel univers trouble risque de laisser des séquelles irréparables. Non content d'offrir sa deuxième plus grande pièce maîtresse en carrière tout en soignant les défauts de ses précédents efforts (bien que le ton moralisateur soit présent, il est beaucoup moins apparent que par le passé), Haneke offre une mise en scène rien de moins qu'éblouissante, soignant le moindre détails, ne laissant rien au hasard. Son noir et blanc d'une très grande beauté plastique est au service d'un rythme alerte malgré ses 145 minutes qui ne traînent jamais en longueur. Au contraire, il ne sera pas surprenant de tout vouloir revoir une deuxième et une troisième fois tant les sujets sont complexes - souvent dans le non-dit - et que les personnages demeurent aussi nombreux qu'insaisissables, à l'image de cette finale déconcertante.
Volontairement rigide, austère et opaque, «Le ruban blanc» se veut également rigoureux, cruel et maîtrisé. Cette odyssée ne se veut pas seulement universelle dans son exploration des dédales humains où les apparences sont souvent trompeuses, mais également révélatrice quant à la révolte - terrible - de la jeunesse devant l'état des choses, l'indifférence généralisée et leur stricte éducation. La première vraie pièce d'orfèvre de 2010 qui se retrouvera certainement dans le palmarès annuel de la majorité des spectateurs.
lecinema.ca a aimé :
Le sujet ambitieux et fascinant, à la fois sur les relations humaines et la dérive vers le fascisme
L’interprétation parfaite de tous les comédiens
Les grands moments de tension qui sont allégés par une romance plus légère
La mise en scène implacable, étonnante dans son utilisation des cadrages, des ombres et du noir et blanc.
La facilité du cinéaste de rendre mal à l’aise sans céder aux effets chocs
Le sentiment de plus en plus rare au cinéma qu’il y aura toujours un détail insaisissable, obligeant à tout revoir plus d’une fois