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Critique du film Dear Johnvf: Cher John John aime Savannah. Savannah aime John. Mais John est soldat dans l'armée américaine. Lasse Hallström enfile ses gros sabots et brode avec peine autour du thème imposé.
L'amour, la guerre. Le chaud, le froid. Le rouge, le noir. Que ce soit en miroir l'un de l'autre pour évoquer la violence chaotique des sentiments («Gone With the Wind»), ou en opposition l'un à l'autre pour exploiter à fond tout le potentiel romantique d'une histoire («Atonement»), les deux thèmes ont souvent fait bon ménage au cinéma. Et même plus. Comment «Dear John» a-t-il réussi à annihiler la puissance de cette union reste un mystère proche de l'insondable. John Tyree fait partie des forces spéciales de l'armée américaine. En permission chez son père, en Caroline du Sud, il rencontre la bien nommée Savannah, aussi blonde et douce qu'il est carré et peu loquace. Évidemment, c'est l'amour au premier regard. Longue ballade sur la plage, premier baiser sous une pluie soudaine et torrentielle, toute la panoplie de l'amour Harlequin est déployée. Mais deux semaines plus tard, John doit repartir. Savannah, elle, doit retourner à l'école. Leur amour, désormais épistolaire, survivra-t-il au temps qui passe et à l'éloignement? D'autant que dans quelques mois aura lieu le 11 septembre. Cue violons déchirants et sanglots dans la voix. Adapté du roman de Nicholas Sparks, «Dear John» alignait sur le papier les atouts pour remporter la mise : Lasse Hallström, un réalisateur au style léché et élégant capable habituellement de manier l'émotion et la fresque romanesque avec précision et doigté («What's Eating Gilbert Grape», «Chocolat», «The Cider House Rules»); une trame en forme de chronique contemporaine des amours en temps de guerre qui ne demandait qu'à résonner; une jeune actrice au regard félin et au charisme indéniable capable de porter sur ses jolies épaules le souffle d'un tel récit (Amanda Seyfried). C'est pourtant l'impression d'un beau gâchis, et sur tous les fronts, qui emporte la partie. De la mise en scène transparente et paresseuse à l'absence totale de discours sur la guerre, l'armée ou la situation géo-politique des Etats-Unis (mise à part une scène de guerre, ne servant qu'à blesser notre héros, il aurait pu être parti un an au Club Med que ce serait la même chose), de la chimie inexistante entre les deux tourtereaux au jeu manquant autant de charisme que de conviction de Channing « Ken »Tatum (on a déjà vu Hallström beaucoup plus inspiré dans ses choix de casting), du rythme mollasson à l'ambiance traditionaliste «Petite Maison dans la prairie» revue et corrigée par Barbara Cartland, difficile de trouver un seul élément qui fonctionne. Seul Richard Jenkins en père autiste apporte un semblant d'âme et de vérité à ce gros marshmallow dégoulinant de guimauve et de sentimentalisme fade. Ce qui ne suffira néanmoins pas à sauver l'entreprise.
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