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Critique du film Nine

vf: Neuf
Légende:
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1 = médiocre
2 = moyen
3 = bon
4 = très bon
5 = extraordinaire

Le réalisateur de «Chicago» demeure enfermé dans le passé avec «Nine», un autre drame musical où il s'intéresse aux tourments d'un cinéaste prisonnier des affres des femmes de sa vie. Du flafla, de belles comédiennes et d'éloquents chants qui, sans bouleverser l'univers cinématographique américain, s'avèrent souvent irrésistibles.

Guido Contini (Daniel Day-Lewis) est un metteur en scène réputé qui vit une crise existentielle, artistique et personnelle pendant l'élaboration de son neuvième film. Tiraillé entre sa femme (Marion Cotillard) et sa maîtresse (Penélope Cruz), entre son travail et ses fantasmes, il décide de s'isoler, repensant à son enfance, cherchant le meilleur chemin pour s'en sortir sans boire la tasse.

L'histoire sonne une cloche quelque part? Bien entendu! Il s'agit d'une transposition cinématographique d'une pièce présentée en 1982, qui était elle-même adaptée d'un livre d'Arthur Kopit, qui s'était inspiré d'un ouvrage de Mario Fratti qui, de son côté, lorgnait vers le légendaire «» de Fellini! Il ne faudrait toutefois pas se baser sur ce chef-d'oeuvre et en tirer des comparaisons, ce qui serait injuste envers le long métrage de Rob Marshall.

Surtout que le  moment de l'année est propice pour faire bonne figure dans la récolte annuelle de prix et, ultimement, susciter des attentes et des envies de la part du public. Comment peut-il en être autrement avec une distribution étincelante qui comprend, outre Daniel Day-Lewis, Marion Cotillard et Penélope Cruz, les noms de Nicole Kidman, Judi Dench, Kate Hudson, Sophia Loren et Fergie? Ce serait peut-être la pire chose à faire. Rob Marshall n'est pas Bob Fosse, et si «Nine» est nettement plus intéressant que ses «Chicago» et «Memoirs of a Geisha», il n'en demeure pas moins que le récit ne s'apparente à rien de majeur ou de grandiose.

Partant d'un scénario complexe, l'ancien chorégraphe simplifie à outrance le propos avec son montage aéré qui n'est tout de même pas piqué des vers. Le texte, véhément, s'intéresse à la condition de l'artiste, son douloureux processus de création, sa folie et ses doutes. Le tout s'alimente de son passé et de son présent, de ses rêves et de ses chimères, laissant en place un antihéros vibrant et cohérant, sauf lors de la conclusion trop conventionnelle et gentille, imitant presque celle de Tiger Woods face à son sport.

Dans le rôle titre, Daniel Day-Lewis assure brillamment sans trop se caricaturer. Il connaît ce rôle par coeur et il campe le parfait enjôleur. La construction dramaturgique met tour à tour en vedette chacun des personnages féminins, et si certaines figures n'impressionnent guère (Loren, Kidman), il y aura toujours une craquante Marion Cotillard pour amener l'émotion (et faire dévier la tangente vers la plus attendue scène de ménage), Penélope Cruz pour offrir un strip-tease qui ne laissera personne indifférent et le tandem Fergie et Kate Hudson qui assurent pleinement leurs représentations métaphoriques

Contrairement à un «Moulin Rouge» ou «Les chansons d'amour», ce sont les numéros musicaux qui dictent le pas sur l'ensemble et non le contraire. L'exercice s'articule autour d'intéressantes chorégraphies et d'air entraînants. Malheureusement les paroles sont faibles et banales, dénaturant par la même occasion les efforts consentis. Les plus nostalgiques se rappelleront cependant que les classiques de la comédie musicale ne s'appuyaient pas toujours sur une prose soignée ou séduisante, mais sur la magie véhiculée et le souffle de prestidigitation du réalisateur, des mandats que s'acquittent honorablement Marshall.

À une période étonnement faible en œuvres majeures qui peuvent revendiquer des Oscars, cela ne serait pas surprenant que «Nine» se faufile dans les catégories de pointes. Si le décevant «Chicago» y est arrivé, pourquoi pas ce conte pour adultes où les femmes d'un esprit tourmenté se manifestent sous les yeux du spectateur? Cela serait bien entendu injuste car il y a eu de meilleures productions américaines, sauf que la compétition est tellement faible que ça ne surprendrait personne. Il s'agit tout de même d'un  envoûtant divertissement orné du sceau d'Hollywood, qui ne répond pas toujours aux attentes (pourquoi en avoir?), mais qui agrémente après une messe de minuit et/ou un réveillon.

 


lecinema.ca a aimé :
  • La distribution et les performances de Daniel Day-Lewis et de Marion Cotillard
  • La musique, les chorégraphies, le rythme, le montage et la direction artistique
  • Le scénario intrigant qui interroge la notion de création et celle de l’artiste
  • Les mises en abyme et les nombreux clins d’oeil
lecinema.ca n'a pas aimé :
  • Pourquoi tout le monde parle en anglais alors que l’action se situe en Italie?
  • Les paroles des chansons déçoivent par leur simplicité et leur futilité
  • La conclusion est beaucoup trop simple et évidente.

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