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Critique du film A Single Manvf: Un homme au singulier Oubliez «Up in the Air», «Avatar», «Precious» et «Nine». Si un seul film américain grand public doit être récompensé à la prochaine cérémonie des Oscars, il s'agit indéniablement de «A Single Man», une première œuvre sensible et bouleversante sur le destin d'un homme qui veut en finir.
À Los Angeles en 1962, le professeur Falconer (Colin Firth) pense vivre la dernière journée de son existence. Inconsolable depuis le décès soudain de son amoureux (Matthew Goode), il a l'intention de se suicider. Avant de commettre l'irréparable, il décide de rendre une dernière visite à sa meilleure amie (Julianne Moore) et de boire un coup avec un étudiant (Nicholas Hoult). Pour son premier long métrage, Tom Ford fait preuve d'une maîtrise incroyable. En adaptant très librement le roman de Christopher Isherwood, il s'approprie totalement le sujet, le mettant à sa main, usant de sa personnalité pour créer un récit d'une ivresse et d'une justesse infinie qui agit rapidement sur tous les sens. Sa mise en scène soignée recrée brillamment le sentiment amoureux (grâce notamment à l'apport de silences, de ralentis et de plans rapprochés), manifestant la mélancolie des jours tristes à travers un montage intelligent, d'intéressants jeux de lumière et de miroirs symbolisant à la fois la vie et la mort. Un procédé qui amène l'opus vers la grâce et la félicité. Consciencieux de ne lésiner aucun détail, le cinéaste a fait appel à deux musiciens virtuoses, dont le mythique Shigeru Umebayashi. Ce concepteur d'exception a travaillé sur le chef d'œuvre «In the Mood for Love» et Ford lui a justement demandé de créer des thèmes connexes qui distillent la même émotion, le même spleen d'absolution. Ces motifs langoureux se fondent peu à peu en un violon tout aussi onctueux mais différent, qui ressemble parfois beaucoup à celui qui explose dans le mésestimé et incompris «The Fountain». En dehors de ces considérations techniques, le réalisateur a su juxtaposer à un Los Angeles d'hier parsemé de grain des thématiques universelles et intemporelles. Il parle d'homosexualité, d'avenir et de peur sans jamais prêcher lourdement, abordant des thèmes essentiels avec habileté et légèreté, trouvant même le moyen de faire jaillir des sources d'humour pour empêcher le drame d'assécher entièrement la matière première. Au sein de cette production haut de gramme qui pourrait paraître trop classique à certains yeux (eh oui, comme chez Clint Eastwood, Stephen Daldry, Joe Wright, etc.), il est impossible de ne pas remarquer Colin Firth, lauréat d'un prix d'interprétation à Venise. L'acteur qui a trop souvent bousillé son grand talent dans des comédies insignifiantes trouve son meilleur rôle en carrière, livrant une performance délectable et renversante. À ses côtés, l'ensemble de la distribution joue à l'unisson, et Julianne Moore attirera les regards avec son personnage fatigué qui ne voudrait qu'être aimé. Magnifique ode à l'amour, à la vie, à la mort et aux souvenirs, «A Single Man» est un portrait à hauteur d'homme, livré par un protagoniste inoubliable et doté d'une réalisation étonnamment fluide et efficace. Facilement un des meilleurs films américains de l'année, en compagnie de «Two Lovers» et «(500) Days of Summer».
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