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Avatar condamne le septième art?

Critique du film Avatar

Légende:
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1 = médiocre
2 = moyen
3 = bon
4 = très bon
5 = extraordinaire

Plus d'une décennie après le triomphe de «Titanic», James Cameron retourne au long métrage de fiction avec «Avatar», une superproduction de 300 millions de dollars où il chercher à créer une nouvelle mythologie grâce à de fabuleux effets spéciaux. Tant d'argent dépensé pour finalement presque rien.

En 2154, les humains tentent d'asservir la planète Pandora qui est peuplée par les Na'vis qui cherchent à respecter l'équilibre de la nature. Grâce à une technologie avancée, un marine américain paraplégique (Sam Worthington) peut prendre la forme d'un de ces habitants grâce à son avatar afin de les infiltrer et de les étudier. Pendant sa mission, il se fait entraîner par une de ses vaillantes résidantes (Zoe Saldana) qui lui fait découvrir ce lieu aux riches possibilités. Lorsque le jeune homme découvre que ses supérieurs veulent détruire l'écosystème et les éléments en place, il devra faire un choix entre respecter son allégeance à sa race ou secourir sa nouvelle famille.

Le cinéma de James Cameron évolue avec son époque. La menace n'est plus extérieure (les terroristes de «True Lies», les icebergs de «Titanic»), mais elle naît chez l'être humain où les guerriers n'écoutent pas toujours les scientifiques en voulant tout contrôler et conquérir. L'étranger n'est plus assoiffé de sang comme dans «Aliens», il est bleu et généralement pacifique, en autant qu'il puisse vivre en paix, rappelant du même coup les amérindiens de «Dances With Wolves» qui sont secourus par le bon homme blanc.

Les temps changent et le septième art aussi. Et pas nécessairement pour le mieux. La rumeur émane qu'il y aura un avant et un après «Avatar». Cela ne serait même pas surprenant. Devant cette entité monstrueuse, il n'est même plus question de cinéma, mais bien de jeux vidéo. Le faux n'a jamais autant dominé le vrai dans ces jeux de rôles gonflés pour les grands écrans qui, ironiquement, comportent un scénario encore plus mince et rachitique que le premier «Final Fantasy» sur la vieille console Nintendo, une série culte qui se fait largement copiée avec ces vaisseaux volants et ces animaux fantasmagoriques.

Elle n'est pas la seule. Derrière presque chaque plan et chaque idée se trouve un emprunt, subtil ou non. Une boîte (ou un film comme dans «The Matrix») n'a qu'à être débranchée pour revenir sur le plancher des vaches, il y a de gros robots qui rappellent ceux des «Transformers» et la charge environnementale lorgne du côté des classiques de Miyazaki («Nausicaä», Princesse Mononoke»). Pourtant, devant ce discours de gauche se tient une morale de droite. Peu importe les actions et les conséquences humaines, la nature aura le dessus. À quoi bon chercher à réduire la pollution et d'arrêter la guerre si l'apocalypse - façon «2012» mais en moins ridicule et médiocre - aura le dernier mot?

L'objet a toutefois été conçu pour divertir et de ce côté, il s'acquitte convenablement de sa tâche. La planète Pandora fait rêver, la musique orchestrale de James Horner desserre bien les différents moments de bravoure, les effets spéciaux sont spectaculaires et l'utilisation d'une technologie en trois dimensions n'empiète pas trop sur le récit. Quoique après 150 minutes d'entraînements et de combats redondants, il est facile de décrocher. Surtout que contrairement aux précédentes oeuvres de Cameron, l'humour a presque été complètement éradiqué, ce qui est toujours dommage pour un ouvrage qui est souvent à un doigt de crouler dans la série B.

Le cinéma est encore affecté par les premiers «blockbusters» de Steven Spielberg («Jaws», «Raiders of the Lost Ark») et la célèbre trilogie originale de George Lucas, cherchant constamment à appliquer une recette pour fracasser le box office. Malgré son univers unique et ses nombreux effets spéciaux, «Star Wars» demeurait terriblement humain, avec ses personnages charismatiques, ses enjeux moraux et son humour intergalactique. Au contraire, «Avatar» sacrifie son histoire, la psychologie de ses héros et le charme de se perdre dans un rêve pour privilégier l'action et la masturbation visuelle, les sensations fortes et les dialogues ampoulés, ce qui ne peut qu'aboutir à un trop plein de divertissement qui finit par saouler, surtout que plusieurs suites seraient déjà en préparation. Le long métrage sera certainement un grand succès au guichet (tant mieux, c'est tout de même plus convaincant que «2012» ou le dernier «Twilight»), sauf qu'il est loin de posséder la fougue d'un «District 9» ou de tous les autres essais de James Cameron.

 


lecinema.ca a aimé :
  • Visuellement, c’est impeccable. L’univers de Pandora est vaste et faste
  • James Cameron n’est pas Roland Emmerich ou Michael Bay et il sait réaliser intelligemment ses films
  • Quelques combats s’avèrent passionnants, comme celui de la confrontation finale
  • La technologie déployée et les effets spéciaux en trois dimensions s’imbriquent aisément au récit
lecinema.ca n'a pas aimé :
  • Ce n’est pas du cinéma, mais un énorme jeu vidéo dénué d’humour et de la moindre émotion
  • Cela prend une bonne demi-heure avant d’embarquer dans l’histoire, et le film traîne en longueur
  • Le soin apporté aux personnages est loin d’être satisfaisant et le scénario ne fait que remâcher ce qui a goûté meilleur ailleurs
  • Le cinéaste a souvent su allier effets spéciaux à des récits satisfaisants (les deux «Terminator», «Aliens», «Abyss», «True Lies», «Titanic») et «Avatar» est possiblement son effort le plus ambitieux mais le moins convaincant (enfin, depuis l’époque de «Piranha II : The Spawning»).

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