|
![]() |
![]() Critiques de films
|
![]() |
|
Critique du film L'armée du crimeAprès le surestimé «Inglorious Basterds» de Quentin Tarantino, c'est au tour du vénérable cinéaste Robert Guédiguian de s'attaquer au cas de la France sous l'occupation allemande avec «L'armée du crime». Il faudra repasser pour la subtilité et la nuance, mais la leçon d'histoire et de cinéma est loin d'être désagréable.
La répression allemande en France pendant la Seconde Guerre mondiale est telle qu'elle force la population à prendre les armes, s'organisant en factions de résistants qui cherchent ardemment à repousser l'ennemi à l'extérieur de la ville. Dans le lot, il y a l'influent combattant arménien Missak Manouchian (Simon Abarian) et la femme de sa vie (Virginie Ledoyen), le nageur juif Marcel Rayman (Robinson Stévenin) et l'intellectuel communiste Thomas Elek (Grégoire Leprince-Ringuet). Cette histoire authentique traitée sous le filtre de la fiction (afin d'expliquer les liens intimes entre les personnages et ce, même si d'éloquentes archives audio sont utilisées) porte indéniablement la griffe de son créateur. Après avoir palpé l'histoire avec son excellent «Le promeneur du Champ de Mars», Robert Guédiguian retourne au film choral et ambitieux (comme c'était le cas de «La ville est tranquille»), demeurant toujours aussi intimiste («Le voyage en Arménie»), désirant cette fois fuir le cynisme et la noirceur de son précédent «Lady Jane» (malheureusement inédit au Québec). Le metteur en scène mélange les histoires et les tranches de vie, alternant entre les nombreux destins afin de montrer cette gauche qui s'organise et dont la conclusion tragique en fera des héros. Sa mise en scène, parfois classique mais si peu poussiéreuse, rend justice aux émotions et aux enjeux moraux, et si les personnages ne sont pas tous développés également, l'interprétation rachète généralement ces faux pas. Peut-être pas chez Robinson Stévenin qui imite beaucoup trop Clovis Cornillac, mais du côté de Simon Abkarian dont l'humanité vole peu à peu en éclat, et le touchant Grégoire Leprince-Ringuet qui sait faire autre chose que d'être dirigé par Christophe Honoré. Même Virginie Ledoyen, plus jolie qu'expressive, ne gâche pas trop la sauce. Et les habitués du réalisateur retrouveront sa propre famille de cinéma, incarnée par la lumineuse Ariane Ascaride et le toujours prenant Jean-Pierre Darroussin qui campe ici un rôle ingrat. Bien entendu, un film de Robert Guédiguian ne peut être neutre. Celui qui a déjà eu sa carte du parti communiste affiche dès le départ sa préférence marquée pour la gauche, les résistants. Il n'y a pratiquement que des immigrants qui luttent contre les diaboliques Allemands et les méchants collaborateurs français. Ce ton engagé ne plaira pas à tous, et si l'ensemble est encore moins subtil que plusieurs de ses propres récits, cette façon de prendre position contraste avec la neutralité de plusieurs ouvrages sur le même sujet. Avec son titre en forme de boutade à l'inoubliable «L'armée des ombres» de Melville, «L'armée du crime» s'avère nettement plus pertinent et prenant que le récent «Les femmes de l'ombre» de Jean-Paul Salomé, sans toutefois atteindre le même niveau de divertissement et de virtuosité que le dernier Tarantino. Voilà un filon qui semble éternel.
| ||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|
|
|
|
aussi dans notre famille
|