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Critique du film AmeliaBiographie terriblement classique et même ennuyante, «Amelia» gâche ses fabuleux interprètes et ses magnifiques paysages dans une intrigue mélodramatique et moralisatrice qui manque nettement de direction et d'émotion.
Récemment aperçue dans le mignon second tome de «Night at the Museum» sous les traits d'Amy Adams, l'américaine Amelia Earhart fascine. Elle a été la première aviatrice à traverser l'océan Atlantique et son destin hors du commun permet de replonger dans les années 1920 et 1930. Ses aventures, régulièrement portées au petit écran (même Yves Simoneau en avait fait une version en 1994 avec Diane Keaton), reçoivent le traitement royal avec une superbe équipe de choc. Sur papier, la machine est suffisamment bien huilée pour accéder aux Oscars. La réalité est tout autre et l'engin tombe rapidement au neutre. Amelia Earhart (Hilary Swank) adore piloter et ses exploits font le tour de la planète. Peu importe les limites, elle cherche à les surmonter, entreprenant des voyages parfois insensés qui inquiètent souvent ses proches tout en valorisant son métier auprès de la population féminine des États-Unis. Entre son dévoué mari et gérant George Putnam (Richard Gere) et le séduisant Gene Vidal (Ewan McGregor) avec qui elle aura une idylle, rien ne semble à son épreuve, jusqu'au jour où elle décide d'entamer un tour du monde à dos d'avion... Cinéaste indienne capable du meilleur («Salaam Bombay!», «Monsson Wedding») et du pire («The Perez Family», «My Own Country»), Mira Nair n'a jamais eu beaucoup de succès lorsqu'elle répondait à des grosses commandes américaines. Son luxueux mais vide «Vanity Fair» laissait de glace, alors que le plus léger et délicat «The Namesake» arrivait à toucher en étant dénué de tout artifice. Le voilà qu'elle s'attaque à son plus gros projet en carrière. Fidèle à ses habitues, l'objet est techniquement implacable. Bien que le soin apporté à l'époque n'évite pas les clichés d'usage, son traitement de la lumière rend pratiquement tous les personnages éclatants. Sa magnifique photographie évoque favorablement le vol et l'évasion, berçant l'âme et les yeux de superbes personnages. Les tympans ne sont pas en reste, gracieuseté du compositeur Gabriel Yared, qui réemprunte quelques motifs du sublime «The English Patient». Dommage que l'utilisation de la musique soit constamment dans le tapis, accompagnant la majorité des envolées et des scènes plus importantes. Il y a cependant peu de choses derrière cette démonstration plastique. Même si l'héroïne est riche et complexe, le scénario parsemé d'inutiles ruptures chronologiques survole en surface les grands pans de la vie de l'aviatrice sans jamais se poser. Cette superficialité est doublée d'une absence d'enjeu. Aucune tension de vie ou de mort ne semble guider les êtres humains, les élans amoureux sont plus tièdes que réellement passionnés et le manque flagrant d'émotion érige une nouvelle barrière qui ne favorise jamais l'identification aux individus. La déception est d'autant plus grande qu'elle gâche la prestation tout à fait louable des protagonistes. Hilary Swank est toujours aussi convaincante et Mira Nair la met constamment en valeur, affirmant au passage sa fibre féministe qui caractérisait déjà ses précédents ouvrages. Richard Gere est tout aussi à l'aise, passant rapidement de l'homme charismatique à celui qui doute et qui souffre. Peu utilisé, Ewan McGregor rappelle qu'il aurait pu faire un exquis James Bond, et Christopher Eccleston continue d'étonner en évitant constamment les faux pas. Biographie sans envergure qui utilise son sujet pour mieux se replier sur le passé suranné et désuet des superproductions hollywoodiennes (comme l'avait fait avec succès le «Angel» de François Ozon ou sans réellement convaincre le «Australia» de Baz Luhrmaan), «Amelia» avait tout pour s'inscrire parmi les meilleurs longs métrages de l'année : la réalisatrice, la distribution, les images et la trame sonore. Étrangement, le mélange de ces entités gagnantes ne convainc pas, et si l'ensemble ne lasse pas complètement (l'humour est heureusement au rendez-vous), il ne correspond en rien au talent de cette impressionnante équipe qui semble avoir décidé de la jouer sans risque - entre classicisme et morales appuyées - pour éviter la moindre collusion. C'est en vain, car l'avion n'a jamais décollé...
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