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Critique du film Les dames en bleuPlusieurs admiratrices de Michel Louvain parlent de leur passion dans «Les dames en bleu», un documentaire drôle et révélateur sur toutes ces décennies disparues où la voix et la musique du chanteur populaire amenaient un peu de réconfort à des existences pas toujours évidentes.
Michel Louvain est le crooner par excellence de la Belle Province. Depuis plus de 50 ans, il chante la pomme aux femmes, les faisant rêver par son physique de jeune premier et son timbre sonore ensorceleur. L'artiste a pris des rides, son public également, mais ce dernier lui est toujours demeuré fidèle. Invité à souligner leur admiration pour leur héros, les mères et les grands-mères s'en donnent à coeur joie, replongeant allègrement dans des souvenirs qui font rapidement vibrer des cordes sensibles. Le cinéaste Claude Demers ne s'est pas démotivé par l'accueil glacial réservé à son - ordinaire - premier long métrage de fiction «L'invention de l'amour» en 2000. Il a plutôt rongé son frein, revenant en force six années plus tard avec son touchant et éclairant documentaire «Barbiers - une histoire d'hommes» qui s'intéressait à ces lieux qui sont en train de disparaître en donnant la parole à des témoins, généralement masculins. Le voilà renouveler l'expérience, mais cette fois en laissant la chance de s'exprimer à des femmes qui se font rarement entendre. «Les dames en bleu» aurait pu être un objet platement chronologique qui ressasse la carrière de l'interprète de «Louise». Il n'en est rien. Il y a bien entendu Michel Louvain qui chante, se sauçant dans des bains de foule, signant continuellement des autographes tout en embrassant ses fans sur les joues. Mais il y a surtout l'envers de la médaille, ces personnes qui semblent lui vouer un culte, révélant au passage qu'elles aimeraient être enterré avec des photos de leur mari, des enfants... et de leur star préférée! Par ces êtres colorés (il y en a cinq qui se détachent du lot), le réalisateur arrive à s'immiscer dans leurs bulles, et les témoignages qui en émanent en disent beaucoup sur le Québec du dernier demi-siècle, la place de la femme dans la société et l'impact de cette icône populaire. Certaines révélations sont poignantes, d'autres plus mélancoliques, et la plupart s'avèrent d'une drôlerie inouïe. Le sourire ne disparaît presque jamais de cet essai humaniste qui aurait presque pu être filmé par Benoît Pilon tant la mise en scène s'efface devant l'individu. S'attaquer à l'anecdote relève toutefois ses limites et les propos vivants et intéressants finissent parfois par se répéter. L'aura de Louvain est présente du début à la fin, la caméra le suit lorsqu'il essaye ses costumes et différentes archives évocatrices juxtaposent le passé au présent, sauf que presque personne n'apprendra quelque chose de nouveau sur le chanteur. Un peu comme le récent et excellent «Hommes à louer» de Rodrigue Jean, l'emphase n'est pas mise sur le sujet, mais plutôt sur les gens qui se sentent interpeller, jusqu'à se fondre en lui, ne faisant qu'un, oubliant l'espace d'un moment une réalité beaucoup moins rose et glorieuse. Décidément, ce serait injuste de se priver de «Les dames en bleu».
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