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Le sens de la justice au 5150, rue des Ormes

Critique du film 5150 rue des Ormes

Légende:
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1 = médiocre
2 = moyen
3 = bon
4 = très bon
5 = extraordinaire

Après le mitigé «Sur le seuil», Éric Tessier décide de transposer à l'écran un nouveau roman de Patrick Sénécal. Sans nécessairement aller toujours en profondeur dans ses personnages qui vivent des dilemmes moraux tordus, «5150, rue des Ormes» laisse une bien meilleure impression que son prédécesseur.

Yannick (Marc-André Grondin) vient de déménager. Étudiant en cinéma, il aime bien filmer ce qui s'offre à lui. Un jour, sa bicyclette s'écrase lourdement sur le sol, le laissant avec des ecchymoses. En voulant téléphoner à un taxi, il abouti chez les Beaulieu, une famille en apparence normale qui cache plusieurs secrets. Après avoir vu ce qu'il ne devait pas voir, le paternel (Normand D'Amour) décide de le séquestrer. La seule façon de sortir de là est de le battre aux échecs! Malgré ses tentatives de fuite, le jeune homme se rend à l'évidence : ce n'est ni la mère attentionnée et religieuse (Sonia Vachon), ni Michèle l'adolescente rebelle (Mylène St-Sauveur) et encore moins la petite fille bizarre d'âgée de six ans qui pourront le sortir de là...

C'est la folie Patrick Senécal! L'adaptation cinématographique de «Les 7 jours du Talion» est prévue pour le début de 2010, alors que «Le vide» est en chantier, et les deux projets devraient porter la griffe de Podz. En attendant, le Stephen King québécois refait équipe avec son complice de «Sur le seuil» Éric Tessier pour accoucher d'une nouvelle vision de son premier bouquin. Les amants de la version littéraire seront étonnés par tous ces changements. Le passé du personnage de Yannick a un peu plus d'étoffe, il y a quelques raccourcis et plusieurs modifications qui tiennent étonnamment bien la route. Et il y a ces absences remarquées, comme les séances d'écriture qui permettaient de mieux saisir la déroute de la mère, et pratiquement tous les sous-entendus sexuels entre le héros et Michèle.

Des contraintes qui s'expliquent par le changement de médium. Est-ce que ces nouveaux choix seront heureux pour tous? Peut-être pas. Si la connotation religieuse est heureusement moins présente, l'hémoglobine, les scènes de terreur et de frissons se font rare. Surtout que les dialogues peuvent paraître ampoulés dans leur façon d'expliquer les détails importants et que la progression psychologique ne s'avère pas toujours crédible.

Cela n'enlève toutefois rien aux propos, sorte de joute entre le Bien et le Mal où la Justice prend un drôle de sens, qui sont filmés avec panache par un cinéaste beaucoup plus en contrôle que lors de ses précédents projets présentés au cinéma (dont le douteux «Vendus»). Il cherche à entrer dans la tête de son protagoniste, offrant aux passages quelques délicieuses scènes oniriques. Sa façon de passer du coq à l'âne, de la tranquillité banale à l'effusion de violence, ne manque surtout pas d'humour noir. À tel point qu'il est presque possible de rire pendant tout le long métrage sans se sentir trop coupable devant le grotesque de certaines situations.

C'est cependant la distribution qui élève le tout au-dessus de l'ordinaire suspense de série B. Normand D'Amour prouve encore une fois qu'il est des plus grands comédiens de la Belle Province et il embrasse un être complexe et illuminé avec une telle facilité que cela en devient étrange. Face à lui, Marc-André Grondin n'a qu'à bien se tenir, et il arrive à ne pas trop se faire éclipser devant son partenaire de jeu. Volcan prête à exploser, Mylène St-Sauveur montre les crocs en mettant sa féminité à l'avant-plan, alors que Sonia Vachon n'aura jamais été aussi touchante qu'en femme qui baisse continuellement la tête. Enfin quelqu'un qui a osé lui donner autre chose que de la comédie

Sorte de «Misery» québécois en plus survolté, «5150, rue des Ormes» pénètre avec beaucoup plus d'impact dans la psyché de Patrick Senécal que le précédent «Sur le seuil». Le résultat est loin de laisser autant de souvenirs que le roman, et quelques coins ronds ressortent de ce scénario signé par l'auteur et de ces personnages un peu trop bidimensionnels, sauf que l'interprétation et l'humour sont suffisants pour faire passer un bon moment de cinéma.

 


lecinema.ca a aimé :
  • L’atmosphère lugubre et onirique
  • La mise en scène fignolée d’Éric Tessier
  • L’interprétation, surtout celle de Normand D’Amour et de Sonia Vachon
  • Le rire parsemé ici est là transforme presque le tout en grosse comédie noire
lecinema.ca n'a pas aimé :
  • Les personnages un peu trop lisses de la mère et de la fille aînée
  • Les dialogues trop explicatifs qui manquent parfois de naturel
  • Les sévères coupures qui rendent le livre beaucoup plus intéressant

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