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Critique du film Coco avant ChanelAudrey Tautou incarne avec désinvolture une femme moderne prisonnière des conventions de l'époque dans «Coco avant Chanel», un «biopic» soigné mais poussiéreux sur la célèbre couturière.
Réalisatrice compétente capable du meilleur («Nettoyage à sec») comme du pire («Nathalie...»), Anne Fontaine s'attaque à son film le plus commercial en carrière en adaptant très librement les écrits d'Edmonde Charles-Roux. Au lieu de résumer en deux heures les 87 bougies de son modèle, la metteure en scène a préféré s'attarder à ses premières années d'existence, à une époque où personne ne l'appelait encore «Mademoiselle». Gabrielle Coco Chanel (Audrey Tautou) et sa sœur Adrienne (Marie Gillain) n'ont jamais été élevé dans la ouate, étant obligée à chanter dans des endroits douteux. Après avoir rencontré le bourgeois Étienne Balsan (Benoît Poelvoorde), Coco décide de tout quitter pour le rejoindre dans sa maison près de Paris. Pas par amour, mais par amitié, désirant mieux connaître ce milieu huppé où la gente féminine est souvent affublée de robes trop serrées et de chapeaux parsemés de fioritures. C'est là qu'elle fait la rencontre de l'actrice Émilienne (Emmanuelle Devos) et qu'elle tombera en amour avec le britannique Boy Capel (Alessandro Nivola). Pendant ses temps libres, la jeune femme n'hésite pas à critiquer les modes vestimentaires, désirant secrètement amener un peu de liberté à cet ordre établi. «Coco avant Chanel» respecte presque point par point le schéma de la traditionnelle biographie romancée : une enfance malheureuse, des efforts pour s'extirper de sa condition sociale, un amour qui tourne mal et le succès triomphant qui arrive à la toute fin. Le tout s'arrête heureusement avant d'aligner simplement une série de dates, mais sans s'être réellement approché du mythe en place. Car derrière ces très belles images qui n'ont rien à envier à un luxueux téléfilm et une délicate trame sonore d'Alexandre Desplat (qui semble avoir été composé au même moment que celle de «The Curious Case of Benjamin Button» tant les thèmes s'avèrent similaires) se trouve un modèle féminin qui n'a rien de bien nouveau à dire sur l'époque (les vingt premières années du 20e siècle) et les moeurs en place. Il est donc encore question de combats incessants et d'une lutte d'affirmation d'une femme dans un monde d'hommes. Humiliations, sacrifices, solitude : Coco a transcendé son époque, donnant de la latitude aux représentantes de son sexe en leur confectionnant une nouvelle gamme vestimentaire. Cette évolution soudaine des mentalités qui passe par la naissance d'une artiste se rapproche toutefois davantage de l'ordinaire «Sagan» que du mémorable «Angel». Le classicisme est de mise et s'en extirpé s'avère difficile. Au lieu de ne faire qu'un avec son sujet, la cinéaste semble hésitante, sacrifiant une démarche plus intimiste pour adopter un ton plus consensuel où l'amour semble tout dicter. Nonobstant ce traitement sécuritaire et inoffensif, le long métrage parvient à prendre son souffle grâce à la performance éclatante d'Audrey Tautou. Séduisant mélange de féminité et d'androgynéité, la comédienne incarne Coco sans la singer, y ressemblant autant physiquement que dans ses traits de personnalité et son langage coloré. Un tour de force qui ressemble presque à celui de Marion Cotillard dans «La vie en rose», l'exubérance en moins. Elle n'éclipse toutefois pas complètement ses partenaires de jeu. Lorsqu'il est bien dirigé (ce qui est plutôt rare), Benoît Poelvoorde est capable de grandes choses. Après lui avoir donné son meilleur rôle en carrière avec l'inquiétant «Entres ses mains», Anne Fontaine n'a aucune difficulté à le ramener dans le droit chemin, faisant disparaître presque la totalité de ses mimiques. Plus en retrait, Alessandro Nivola campe avec sensibilité l'amant aimant et Emmanuelle Devos défend sobrement un être qui changera peu à peu. Contrairement à son précédent et pas toujours convaincant «La fille de Monaco» qui passait du suspense à la comédie en moins de deux, Anne Fontaine emprunte un chemin sans encombre avec «Coco avant Chanel». À tel point que le récit s'avère parfois ennuyant tant il ne prend presque aucun risque avec son sujet. Reste le jeu troublant de vérité d'Audrey Tautou qui sera sans aucun doute mise en nomination pour son interprétation si éloignée de celle d'Amélie Poulain.
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