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Critique du film The Informant!vf: L'infiltré! Steven Soderbergh verse dans l'extravagance, la légèreté et la fantaisie pour faire vivre à l'écran l'histoire rocambolesque, et vraie, d'un espion industriel. La comédie est irrésistible, mais le cinéaste est peut-être passé à côté d'un très grand film.
Un pour lui, un pour l'industrie : c'est ainsi que travaille Steven Soderbergh, un des cinéastes les plus versatiles et productifs du cinéma américain, alternant maintenant depuis des années entre projets aux limites de l'expérimental («Bubble», «The Girlfriend Experience»), fantaisies pop et acidulées (la série des «Ocean's») ou films ambitieux et oscarisables («Che»). Où se situe alors «The Informant!»? Probablement quelque part entre les deux dernières catégories. Ni «Erin Brockovich», encore moins «Traffic» (avec qui il partage lointainement quelques thèmes), «The Informant!» est à la fois une farce, un regard franc et leste sur les débuts des déboires financiers de l'Amérique, une pochade colorée et pimpante aux visées aussi commerciales qu'auteuriales. Tant mieux? Oui, en partie. À Décatur, dans l'Illinois, au début des années 90, Mark Whitacre est cadre supérieur chez Archer Daniel Midlands, un des géants de l'industrie agroalimentaire. Promis à un brillant avenir, parmi les plus doués et compétents, il décide pourtant de jouer les Robins des bois et de retourner sa veste en aidant le F.B.I. à dénoncer les pratiques frauduleuses et exploitant la crédulité des consommateurs de sa société. Touts contents de cette aubaine, les enquêteurs le transforment alors en espion industriel en buvant chacune de ses informations comme du petit lait. Mais l'imagination de Mark est fertile et peu à peu, des contradictions apparaissent tandis que son intégrité paraît de moins en moins fiable. Présenté aux festivals de Venise, Deauville et Toronto où il a, chaque fois, remporté les suffrages des foules, «The Informant!», inspiré de faits réels, est en réalité une adaptation du bouquin relatant cette histoire écrit par Kurt Eichenwald en 2000. Mais passée à la moulinette de l'imaginaire de Steven Soderbergh, c'est sous la forme totalement assumée d'une comédie déjantée que cette aventure hors du commun prend vie à l'écran. Et il faut le dire, la comédie est un genre qui va bien au cinéaste autant qu'à son acteur, Matt Damon. Pour la première fois dans un rôle principal chez lui, malgré cinq collaborations (la série des «Ocean's», «Che»...), l'acteur y exploite en effet son potentiel comique à son maximum en jouant cet « espion » qui ne maîtrise pas (ou qui les maîtrise trop?) les codes de son nouveau rôle en en faisant une sorte de croisement entre un héros idiot des frères Coen et l'affabulateur coloré de «Catch Me if You Can» de Spielberg. Affublé de prothèses dentaires et d'une moustache fournie, alourdi de 15 kilos et formidablement servi par des dialogues pour le moins hilarants (notamment ceux de son monologue intérieur d'une trivialité hallucinante qu'il livre en voix-off), il interprète cet être à la double, voire triple ou quadruple personnalité, avec un entrain, une inventivité et un charisme proprement irrésistibles. Mais c'est aussi par son style visuel, léché et anachronique, que «The Informant!» se distingue. Inspiré par les années 70, baigné dans une lumière chaleureuse et aux limites de l'artificiel (signée Peter Andrews, le pseudonyme de Soderbergh) et mis en musique avec un sens du kitsch formidable par le grand Marvin Hamlisch («Bananas», «The Way We Were», «The Spy Who Loved Me»...), le film se joue alors des conventions avec énergie et fantaisie. Mais cet esprit de légèreté absolue et extravagant contaminant tout le film, pour tout agréable qu'il est malgré quelques passages plus forcés, est peut-être aussi ce qui empêche «The Informant!» d'être parfaitement le grand film qu'il aurait pu être. Comme si Steven Soderbergh n'avait pas tout à fait pris son sujet assez au sérieux.
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