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Critique du film Inglourious Basterdsvf: Le commando des bâtards Avec «Inglourious Basterds», Quentin Tarantino réinvente avec jubilation le film de guerre et signe son film le plus complet à ce jour.
Autant dire que ces «Inglourious Basterds», inspiré des «Inglorious Bastards» réalisé par Enzo Castellari en 1978, on les attendait de pied ferme. Peut-être parce que, parmi les cinéastes ayant émergé au cours des 15 dernières années, aucun n'a su imposer une signature aussi forte et attachante que Quentin Tarantino. Peut-être aussi parce qu'il faut être honnête, ses précédents «Kill Bill» et «Deathproof» n'avaient pas tout à fait su se placer à la hauteur de la barre qu'il avait lui-même placée tout là-haut. Mais l'attente valait la peine. Quentin Tarantino est de retour. Et en pleine forme. Tout commence en 1941 dans un petit village de la France occupée. Dans une ravissante fermette, le colonel nazi Hans Landa s'emploie le plus civilement du monde à faire avouer au propriétaire des lieux qu'il cache une famille juive. Évidemment, les choses tourneront mal. Seule Shosanna Dreyfus parviendra à se tirer des cruelles griffes allemandes. Pendant ce temps, un commando de soldats américains juifs est mené à la bataille par le lieutenant Aldo Raine. Leur but? Ramener chacun une centaine de scalps nazis. Que le fan se rassure tout de suite, «Inglourious Basterds» déborde de touches tarantiniennes, de clins d'œil au spectateur et à sa propre oeuvre (le travelling circulaire de «Reservoir Dogs», la seringue de «Pulp Fiction», la répétition de «Jackie Brown» : tout est là). Références constantes au western-spaghetti, au gore, à «Wild Bunch» de Peckinpah, aux «Douze Salopards» d'Aldrich, à Chaplin, à Carrie et «Scarface» de De Palma, à l'esthétique 70's, à un grand cinéma d'époque aussi, sens du punch évident (débuter son récit par un «Il était une fois...dans une France occupée par les Nazis», il fallait l'oser), colorations musicales d'une originalité et d'une énergie irrésistibles, invention constante au point même de jeter les bases d'un nouveau genre, la «warxploitation» : pas de doute, la marque Tarantino étincelle dans le noir. Mais, et c'est là tout son sel, «Inglourious Basterds» marque aussi une étape dans la carrière de son auteur. Moins de morceaux de bravoure dialogués ne valant que pour eux-mêmes (aussi brillants aient-ils pu être), plus de cohérence générale, un scénario mis entièrement au service du récit : si l'on a pu dire que Jackie Brown était l'oeuvre de la maturité, on pourra certainement qualifier ces bâtards d'oeuvre de la totalité, tant Tarantino s'y révèle un cinéaste complet. Stylisant comme toujours la moindre de ses situations sans pourtant sacrifier la cohésion de sa reconstitution, Tarantino n'y semble jamais motivé par le désir de se faire admirer. Non, son moteur, cette fois, c'est l'amour du cinéma. Dans un film de guerre, ce n'est pas banal. Amour d'abord pour son propre métier de cinéaste, qu'il affirme par une mise en scène majestueuse, vibrante, inspirée (la scène d'ouverture est déjà un morceau d'anthologie) et par sa direction d'acteurs presque parfaite (Christoph Waltz méritait amplement son prix d'interprétation à Cannes, Brad Pitt en fait des tonnes). Amour ensuite pour le cinéma et son histoire, s'infiltrant sans cesse dans le récit par le biais d'une affiche posée là, d'une conversation sur Pabst ou Riefenstahl s'insinuant ici. Amour enfin, et surtout, pour ce que représente le cinéma à ses yeux, c'est-à-dire, la vérité. Par un tour de passe-passe monumental, Tarantino parvient en effet à transformer ces «Inglourious Basterds» infusés à la série B en véritable mise en abîme vertigineuse de sa passion, allant même jusqu'à nous faire avaler, avec un panache et un culot admirables, que, peu importe la fidélité à une réalité, le film a sa propre réalité et qu'il n'y a qu'elle qui compte. Devant tant de talent, devant tant de maestria, devant tant d'amour, on nous pardonnera de fermer les yeux plus facilement devant les quelques longueurs et la complaisance passagère de son film.
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