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Les pieds dans le vide pour mieux s’envoyer en l’air

Critique du film Les pieds dans le vide

Légende:
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1 = médiocre
2 = moyen
3 = bon
4 = très bon
5 = extraordinaire

Pour «Les pieds dans le vide», son premier film réalisé au coût de plusieurs millions de dollars, Mariloup Wolfe convie ses amis à des séances de parachutisme où il est question d'amour, d'amitié et de souffrance. Lorsque l'évolution passe par l'adrénaline et le mélo.

Rafaël (Éric Bruneau) ne vit que pour les sensations fortes. Il n'hésite pas à mettre son existence en danger, simplement pour ressentir quelque chose. Cela ne fait pas le bonheur de son ami Charles (Guillaume Lemay-Thivierge), le propriétaire d'un centre de parachutisme qui doit s'assurer que tout fonctionne correctement. Entre ces deux hommes se trouve Manu (Laurence Leboeuf), une jeune femme perdue qui s'occupe de sa mère malade (Monique Spaziani).

«Les doigts croches», «Les grandes chaleurs», «Les pieds dans le vide» : le cinéma québécois offre la chance à de nouveaux réalisateurs de se faire les dents en proposant leur premier film. Sur le simple plan cinématographique, la comédienne Mariloup Wolfe n'a rien à envier à ses semblables. Ses images sont soignées, son utilisation des ombres amène une poésie certaine à l'ensemble et sa façon de placer la caméra se fait avec sensibilité. Même sa trame sonore, composée de mélodies anglophones, est tout à fait adaptée au sujet.

Le problème n'est pas sur le plan de la forme, mais du fond. Le scénario écrit par Vincent Bolduc n'est pas particulièrement convaincant. Les dialogues appuyés et moralisateurs évoquent souvent les dramatiques présentées à la télévision, alors que les thèmes traités ne proposent rien de nouveau. Il est question de liberté, d'émancipation, de rêves brisés, de la découverte de soi, de choix difficiles, d'amour et d'amitiés douloureuses, sauf que ces aspects universels ne sont que des faire-valoir dans l'intrigue. La cinéaste préfère plutôt multiplier les prises dans les airs (qui demeurent spectaculaires) et les scènes de séduction ou de copulation (abondantes mais peu révélatrices). Des leitmotivs qui deviennent rapidement répétitifs et lassants tant le propos s'avère limité.

La faible consistance des personnages n'est pas au service du récit. Il est difficile d'avoir la moindre once de sympathie envers Rafaël (dont Éric Bruneau offre toutefois un jeu nuancé), alors que Charles est le monsieur énergique et charismatique par excellence, comme pratiquement la totalité des rôles tenus par Guillaume Lemay-Thivierge. Tout aussi linéaire est la Manu de l'honnête Laurence Leboeuf, sur qui les cieux s'abattront encore et encore par l'entremise d'un gros mélo où elle perdra à peu près tout ce qu'elle aime. Même les êtres plus secondaires, comme le P.-A. maladroitement campé par Vincent Bolduc, ou le plus intéressant Ludo défendu avec sobriété par Adam Kosh,  sont dessinés à gros traits.

«Les pieds dans le vide», la tête dans les nuages? Peut-être bien. À force de trop vouloir faire vivre une «expérience» cinématographique, la metteure en scène a peut-être seulement oublié de raconter une histoire qui sortait un peu de l'ordinaire. Malgré ses qualités, son film fait office d'un saut amateur, réalisé en tandem pour être certain d'arriver en toute sécurité sur le plancher des vaches.

 


lecinema.ca a aimé :
  • La réalisation est soignée, très compétente
  • Les acteurs s’investissent du mieux qu’ils peuvent…
lecinema.ca n'a pas aimé :
  • … sauf que leurs personnages sont trop souvent unidimensionnels
  • Le scénario paraît peu aventureux et les dialogues, assez moralisateurs
  • Le mélodrame est de tous les instants, gâchant par la même occasion la finale
  • Entre les sauts en parachute et les scènes de sexe, la répétition apparaît assez rapidement

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