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Critique du film BrünoSacha Baron remet le couvert en se servant de «Brüno» pour fustiger le désir de célébrité qui gangrène l'Amérique du Nord. Aussi hilarant que nécessaire.
Autant le dire tout de suite et ne pas avoir peur des mots, Sacha Baron Cohen est un génie comique. Déjà, avec «Borat», on l'avait pressenti. «Brüno», sa nouvelle création toujours réalisé par l'impayable Larry Charles («Religulous», la série «Curb Your Enthusiasm») et qui mélange à nouveau le vrai et le faux pour mieux nous emberlificoter dans ses filets, en apporte la confirmation définitive et sans appel. Troisième personnage tiré de l'arsenal créé par le comédien britannique lors de sa célèbre émission de télé «Da Ali G Show», Brüno est un présentateur-star d'émission de mode autrichien. Viré après une prestation catastrophique lors d'un défilé Agatha Ruiz de la Prada, il se met en tête de partir à Los Angeles, histoire de se racheter une célébrité toute neuve. Mais cette fois, Brüno veut être une star planétaire. Accompagné de son fidèle Lutz, il ne reculera devant rien pour atteindre ce sacré Graal : créer son propre show pour NBC, adopter un bébé noir, régler le conflit israëlo-palestinien, ou même...devenir hétéro! Il faut être de marbre pour ne pas rire devant «Brüno». Même s'il lui manque une scène (après le décès de son frère, une interview avec La Toya Jackson a été retirée du montage final). Même si la version finale a été remaniée pour échapper au terrible couperet d'une interdiction aux moins de 17 ans. Toujours aussi provocateur, toujours aussi fou et investissant son personnage avec le même absolutisme et la même intensité dans l'engagement, Sacha Baron Cohen pousse même le bouchon de l'outrance et de la vulgarité plus loin - si c'est possible - que dans «Borat». Il faut le voir court vêtu d'un costume fashion inspiré par ceux des rabbins se faire courir après dans les rues de Jérusalem. Il faut le voir boire comme du petit lait les paroles d'un homme d'église persuadé qu'il peut transformer les gays en hétéro. Il faut le voir oser dire à un chef terroriste libanais qu'Osama a l'air d'un vieux magicien sale ou mimer une fellation à l'esprit de Milli Vanilli devant un voyant. Sacha Baron Cohen ne recule devant rien. Et il a bien raison. Basé sur une idée de récit beaucoup plus travaillée que celle qui présidait à «Borat», le film a encore une fois ce don de nous faire rire pour mieux nous faire voir le monde dans lequel on vit. Et dieu que ce monde est laid. Superficiel, hypocrite, ridicule, l'irrésistible charge est sans appel. En ridiculisant cette course effrénée à la célébrité qui semble contaminer l'Amérique du Nord, en fustigeant ceux qui sont prêts à tout (vraiment à tout) pour y arriver, Sacha Baron Cohen tape extrêmement juste. Bien sûr, il faut accepter de rire jaune. Il faut accepter le malaise. Comme du poil à gratter, «Brüno» empêche notre société de continuer son ronron tranquille. Mais refuser de s'abandonner à ce rire-caillou dans la chaussure, ce serait passer aussi se priver du droit d'une sacrée séance de catharsis que ponctue une chanson finale en forme de «We Are the World» revampé absolument irrésistible. Non vraiment, il n'y a plus aucun doute à avoir : Sacha Baron Cohen est un génie comique.
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