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Critique du film Cherivf: Chéri 21 ans plus tard Stephen Frears retrouve le scénariste et l'actrice de Dangerous Liaisons pour suivre les affres d'une courtisane vieillissante durant les années Folles. Michelle Pfeiffer rayonne, les décors et les costumes sont fabuleux, mais l'impertinence et la flamboyance manque.
On ne change pas une équipe qui gagne. On imagine aisément Stephen Frears se chantonner cette rengaine, le soir au coin du feu, avant de décider d'entamer la production de Cheri. 21 ans plus tard, le grand cinéaste retrouve en effet les artisans d'un de ses succès les plus affirmés : Dangerous Liaisons. Au scénario, donc, Christopher Hampton, oscarisé à l'époque, et passant d'une adaptation de Choderlos de Laclos à une autre de Colette (Chéri, 1920 et La fin de Chéri, 1926) et au jeu, la sublime Michelle Pfeiffer, passant de la vertu au vice. Léa de Lonval a mené une vie aussi excitante que riche de courtisane dans le Paris du début du siècle. Les années folles s'étant installées, et bien que vieillissante, elle se paye une nouvelle folie en entretenant une liaison avec le très jeune fils de son amie Madame Peloux, Fred alias Cheri. Mais le mariage de ce dernier - une union arrangée - avec la délicieuse et innocente Edmée approche à grands pas. Léa parviendra-t-elle à faire oublier à son cœur ce que sa raison veut mettre en cage? Plongeant avec une joie et un émerveillement visibles à l'écran dans les dédales du marivaudage amoureux, Stephen Frears abandonne donc les visites de vestiaires de la royauté (The Queen) pour présider à cette adaptation plus théâtrale que cinématographique. Dialogues parfois déclamés, voix-off de contes de fées, mise en scène plutôt statique, lumière sans réel relief : la Belle Époque s'assume en carton-pâte poussant presque jusqu'à l'irréel sa sophistication naturelle. Ajouté à une musique surannée de téléfilm consensuel, un érotisme de papier glacé et un sérieux manque de tonus dans un second tiers longuet, voilà Cheri qui perd de belles plumes et surtout l'occasion de se vivre en plusieurs dimensions. Si la légèreté et l'esprit pétillant y perdent, malgré quelques lignes de dialogues particulièrement réussies, si l'œuvre paraît manquer d'ampleur et si le ton de l'ensemble oscille trop souvent entre comédie loufoque et primesautière et véritable tragédie amoureuse, Cheri ne manque pourtant pas de charme. D'abord par la présence d'un trio d'acteurs enthousiasmant à la complicité tangible: Michelle Pfeiffer (d'une beauté presque surnaturelle), Kathy Bates (d'un humour tranchant) et le jeune Rupert Friend (déjà vu dans le Pride and Prejudice de Joe Wright), sorte de croisement entre l'intensité d'un Daniel Day-Lewis et l'androgynie dandy d'un Louis Garrel. Évoluant dans de somptueux décors, parés de voilages, dentelles et autres ravissants bibis (le département costumes était en forme), ils donnent corps avec conviction à ce regard élégant mais sans concession sur le temps qui passe, la vieillesse et les amours qui se fanent. Dommage qu'il manque au film ce zeste bien corsé d'impertinence et cette flamboyance décadente qui faisaient justement le sel de Dangerous Liaisons, décidemment impossible à oublier devant Cheri.
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