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Ça va mal en Australia

Critique du film Australia

vf: Australie
Légende:
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1 = médiocre
2 = moyen
3 = bon
4 = très bon
5 = extraordinaire

Sept longues années. C'est le temps qu'il a fallu attendre avant que le cinéaste australien Baz Luhrmann retourne derrière la caméra pour offrir du nouveau matériel. Si ses fans ont en tête ses excellents «Strictly Ballroom», «Romeo & Juliet» et, surtout, le spectaculaire «Moulin Rouge», ils trouveront le temps long avec «Australia».



La Seconde Guerre mondiale est sur le point de débuter. Cela n'empêche pas une riche aristocrate anglaise (Nicole Kidman) d'aller rejoindre son mari en Australie. À son arrivée, elle découvre qu'il est mort, assassiné, et qu'il faut absolument quelqu'un pour s'occuper de la terre. Avec l'aide d'un conducteur courageux (Hugh Jackman) et de quelques serviteurs dévoués, rien n'est impossible. Mais des méchants compétiteurs leur mettent des bâtons dans les roues, lorsque ce ne sont pas des avions japonais qui débarquent pour causer l'émoi.

Le réalisateur Baz Luhrmann a deux marques de commerce : en mettre plein la vue en détournant les codes du septième art. Sur le plan de la cinématographie, difficile de demander mieux. Les images sont grandioses, évoquant les grands espaces avec ces nombreux couchers de soleil et ces teintes aux couleurs si flamboyantes. Au niveau des surprises, il y en a les 30 premières minutes.

L'introduction mouvementée campe rapidement les enjeux et les personnages, présentant ce couple qui finira bien entendu par tomber en amour. Au départ, une relation à la Indiana Jones se tisse, avec cet homme simple qui ne s'en laisse pas imposer par cette bourgeoise dictatoriale. De ces échanges musclés naissent de l'humour et du rire, une excellente façon de dédramatiser la gravité du sujet.

Ce qui débutait comme un pastiche du gros drame romantique hollywoodien se transforme cependant rapidement... en long métrage sucré qui se prend beaucoup trop au sérieux! Le metteur en scène, conscient qu'il est aux commandes de la production australienne la plus coûteuse de son histoire, renonce à son style qui lui est propre et se ballade dans des zones beaucoup trop sécuritaires, alternant romance à la « Cold Mountain » et séquences guerrières à la «Pearl Harbor», le tout saupoudré d'épices kitch à la «Passchendaele».

Au lieu de proposer quelque chose qui lui est propre, Luhrmann ne fait que plagier les élans vertueux d'un David Lean et ceux plus mélodramatiques de Victor Fleming, cinéaste du chef d'oeuvre « Gone With the Wind ». Est-ce réellement surprenant que la trame narrative suit celle de «The Wizard of Oz», une autre réalisation de Flemming? Le désir de piller cette époque d'or du cinéma américain est alléchant, et il faut beaucoup plus qu'une grosse trame sonore envahissante pour y arriver.

Le principal instrument pour y parvenir est le scénario. De ce côté, il y a les erreurs historiques handicapant la véracité de l'entreprise, les dialogues pas toujours inspirés et les scènes qui s'allongent inutilement pendant 2h45. Et le tout comporte encore plus de fins possibles que dans le dernier tome de «Lord of the Rings»! De quoi s'impatienter à mi-chemin avec ces personnages unidimensionnels. Dans de tels registres peu développés, Hugh Jackman et Nicole Kidman font l'impossible pour faire croire à leur histoire d'amour et cela fonctionne généralement grâce à la composition physique de monsieur et les réparties de madame.

L'ouvrage multiplie également les sous intrigues simplistes au sentimentalisme douteux. En plus des deux protagonistes se trouve un enfant indigène avec tous les discours possibles et inimaginables sur la tolérance et le pardon. L'Australie a honte de son passé et elle s'achète une rédemption en finançant une œuvre patriotique où les gentils aident les plus démunis. Une noble cause qui prend ici de lourdes propensions. Toutes les dix minutes, il y a un sorcier ridicule qui y va d'invocations pour encourager son petit fils. Il en va de même de ce barman qui ne cesse de répéter que les êtres humains à la peau noire ne sont pas acceptés dans son établissement... Pour la subtilité, il faudra repasser.

Tous ces faux pas se pardonneraient plus facilement si « Australia » était excitant et enlevant. Outre une première partie au rythme plus qu'enviable, le récit prend rapidement l'eau, devenant de plus en plus formaté et risible. Une énorme déception, surtout pour les cinéphiles qui ont adoré les précédentes créations du réalisateur.


lecinema.ca a aimé :
  • La photographie est très jolie. De ce côté, une nomination aux Oscars est envisageable.
  • Le duo Nicole Kidman et Hugh Jackman possède une intéressante chimie.
lecinema.ca n'a pas aimé :
  • Le tout dure 2h45 ! Handicaper une heure aurait fait du bien à tous.
  • La musique rend sourd, alors que le scénario est extrêmement mince…
  • … et il semble souvent avoir été remplacé par la section « patriotique et moralisatrice » prônant l’égalité et la fraternité entre les gens.
  • Le cinéaste se contente de plagier les styles de Victor Fleming et David Lean en laissant au vestiaire son style si unique.

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