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Critique du film Blindnessvf: L'aveuglement Film d'ouverture du dernier Festival de Cannes, «Blindness» a recueilli un accueil froid, presque glacial. Ce n'est pourtant pas une raison pour bouder cette œuvre fascinante qui convainc pratiquement jusqu'à la fin.
Le mystère est total. Sans raison évidente, des hommes et des femmes deviennent aveugles. Afin d'enrayer cette épidémie, le gouvernement décide d'isoler les gens touchés dans des camps fermés et retranchés. C'est là que se retrouvent un docteur (Mark Ruffalo) et sa femme (Julianne Moore) qui, miraculeusement, n'a pas été touché par ce fléau. Les jours passent, le lieu se remplit rapidement et la nourriture commence à manquer. Jusqu'au moment où de clans se forment et qu'un leader machiavélique (Gael Garcia Bernal) décide de profiter de la situation. Fernando Meirelles adore adapter des livres. Il a été révélé par l'excellent «Cité de Dieu» de Paulo Lins, une œuvre d'exception qui a encore très peu d'équivalent. La consécration est venue par «The Constant Gardener», une transposition à moitié réussie des écrits de John Le Carré. Voilà que le cinéaste brésilien s'attaque à l'ouvrage immensément populaire de José Saramago. Sa réalisation est toujours exemplaire. Il joue continuellement sur l'image et le son pour que le spectateur puisse pénétrer la psyché des individus. Il utilise des filtres blancs et noirs afin de personnifier cette vue diffuse, altérée et brouillée. Il ankylose son rythme, l'alternant au passage, réduisant le tempo pour en faire ressortir la force de l'instant. Surtout que son montage est généralement en phase avec la très belle trame sonore recherchée qui sait, la plupart du temps, éviter les excès. Tout cela est au service d'une histoire qui captive dès les premières minutes. Des gens deviennent aveugles et le scénario n'expliquera jamais réellement pourquoi. Des dilemmes moraux voient le jour par des choix difficiles qui incluent la survie et la valorisation en tant qu'être humain. Surtout lors de cette entrée dans la zone de guerre qui rappelle fortement celle de « Lord of the Flies ». À tout moment, des chefs naissent et il faut s'adapter ou se rebeller. Cela n'empêche pas «Blindness» de perdre pratiquement tout son mordant lors des 20 dernières minutes. Subitement, les nombreuses métaphores s'avèrent encore plus appuyées, alors que la voix hors champs souligne pratiquement tous les enjeux. C'est sans compter sur ce symbolisme lourdaud qui abuse des connotations religieuses. L'héroïne représente donc le Messie, la seule qui voit vraiment, qui se balade avec ses apôtres dans un monde aveugle où le crime se propage comme la peste. Il faudra donc s'attendre une pluie purificatrice pour enlever les péchés, un procédé prêchi-prêcha qui en irritera plus d'un. Pourtant, d'ici là, la progression comportait son lot de scènes exemplaires, dont les baisers retrouvés de ce couple japonais et le sacrifice féminin infernal qui joue allègrement avec les palpitations. Tout cela est agrémenté d'une performance généralement juste de comédiens chevronnés, dont le tandem le plus éclatant demeure Mark Ruffalo et Julianne Moore qui trouve enfin un rôle à sa mesure. Même si la fin déçoit et que la subtilité n'est pas la qualité première du récit, il ne faudra pas pour autant bouder ce « Blindness ». Les choix esthétiques, les mystères qui en ressortent et l'interprétation de grande classe rachètent allègrement le tout, rendant le visionnement à la fois réconfortant et désagréable par les nombreux thèmes traités. Une expérience inaboutie qui n'est tout de même pas loin d'être unique en son genre.
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