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Eagle Eye ne voit pas toutes les invraisemblances

Critique du film Eagle Eye

vf: L'oeil du mal
Légende:
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1 = médiocre
2 = moyen
3 = bon
4 = très bon
5 = extraordinaire

Un des films les plus incohérents et invraisemblables de l'année, «Eagle Eye» n'arrive pas à utiliser à bon escient les élans de Big Brother, le sujet préféré des paranoïaques. Il en résulte une œuvre dramatiquement mince où les dialogues et la psychologie des personnages ont été remplacés par une abondance de scènes d'action platement filmées.

La bande-annonce rappelle l'introduction de « The Matrix ». Il y a Jerry (Shia LaBeouf) et Rachel (Michelle Monaghan) qui doivent absolument obéir à la voix qui s'échappe de leur téléphone, sinon c'est la mort assurée. C'est qu'un projet d'intelligence artificielle a mal tournée et le robot, un peu de la même façon que Hal dans «2001 : A Space Odyssey», cherche à prendre le contrôle de la situation. Pour y arriver, il a à sa disposition toutes les émissions électroniques de la planète, se servant de caméras et d'ondes pour voir et entendre tout ce qu'il désire.

Si la prémisse a déjà été utilisée par le passé, elle demeure toujours passionnante et très cinématographique. Surtout à une époque où les avancées technologiques transforment presque les rêves en réalité. À partir de cette idée à faire rêver Oliver Stone, le réalisateur D.J. Caruso et leurs quatre (!) scénaristes ont décidé de plagier pratiquement tous les films de poursuite du cinéma américain, ce qui en dit long sur l'imagination de l'ensemble.

Il y a tout d'abord beaucoup d'Alfred Hitchcock. Caruso en est un grand admirateur, comme en fait foi son précédent long métrage «Disturbia» qui était pratiquement une copie carbone du chef d'œuvre «Rear Windows». Il y a également des pointes à la «The Game» tant les évènements sont tirées par les cheveux. Mais contrairement au très bon récit de David Fincher, «Eagle Eye» échappe pratiquement à toute logique. Le Dieu mécanique est partout, rien ne l'arrête et il est capable de tout contrôler à distance. Des thématiques qui ne servent pas l'intrigue, mais qui sont utilisées afin de mettre des battons dans les roues des protagonistes.

La présence de Billy Bob Thornton en policier borné renvoie à Tommy Lee Jones dans «The Fugitive». Il pose peu de questions, il ne fait que courir après les deux victimes pour des raisons qui dépassent un peu l'entendement. Ces poursuites perpétuelles, rappelant également «Enemy of the State» par sa thèse de la conspiration et même «Nick of Time» (une œuvre dont Caruso était l'assistant au réalisateur) par sa manipulation des héros, sont le principal problème de l'ensemble. L'essai se veut rapidement répétitif et peu substantiel. Surtout que les séquences d'action sont filmées par un clone de Michael Bay qui troque le style pour l'efficacité, oubliant pourtant de surprendre les amateurs du genre.

Les personnages ne peuvent donc rien faire d'autre que de courir. Michelle Monaghan n'a jamais été aussi monolithique et ici, elle doit se livrer à des dialogues qui sonnent parfois faux. Habitué à utiliser ses jambes pour sauver sa peau (le dernier «Indiana Jones», «Transformers»), Shia LaBeouf y va de quelques blagues avant de prendre la poudre d'escampette. Pour explorer une nouvelle facette de son talent, il faudra attendre le prochain film.

Si au moins «Eagle Eye» était excitant à regarder et qu'il développait ses excellentes idées. Au contraire, il s'agit d'une production qui ne prend aucun risque, se limitant à recréer une formule éprouvée (beaux acteurs, action à revendre, quelques rebondissements). Il ne faudra donc pas chercher la moindre trace de profondeur, de cohérence et même de suspense dans cet exercice qui permet de laisser son cerveau en jachère pendant près de deux heures.

 


lecinema.ca a aimé :
  • La révolte de Big Brother et d’un ordinateur central est toujours un thème fascinant qui a un potentiel illimité.
  • Les protagonistes ont la gueule de l’emploi et ils se veulent généralement convaincus.
lecinema.ca n'a pas aimé :
  • Le potentiel de l’histoire n’est pratiquement jamais exploité. L’imagination du scénario se limite à plagier des œuvres supérieures.
  • Les scènes explosives sont répétitives et elles sont platement filmées.
  • Les personnages manquent de profondeur et de charisme.
  • Les invraisemblances sont tellement omniprésentes qu’elles font rapidement décrocher le spectateur.

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