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Un mélange des genres réussi

Critique du film C'est pas moi, je le jure!

Légende:
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1 = médiocre
2 = moyen
3 = bon
4 = très bon
5 = extraordinaire

Après le succès que fut «Congorama», avec notamment cinq prix Jutra en 2007, dont meilleur film, meilleure réalisation et meilleur scénario, le réalisateur Philippe Falardeau allait nécessairement avoir, avec sa prochaine œuvre, une grosse commande devant lui. Plus reconnu jusqu'à maintenant pour des films qui s'adressaient à une tranche de cinéphiles plus restreinte, le réalisateur et scénariste fait, avec «C'est pas moi, je le jure !», le plongeon vers un cinéma plus populaire. Et les attentes, il les remplit avec brio!

Ici, Philippe Falardeau a pris un soin méticuleux à bien doser l'émotion et à toujours mettre à l'avant-scène un ton naïf. Car avant tout, «C'est pas moi, je le jure !», c'est un film sur l'enfance, celle d'un garçon de dix ans nommé Léon (Antoine L'Écuyer) qui donne bien des maux de tête à ses parents, Madeleine et Philippe (Suzanne Clément et Daniel Brière), ainsi qu'à son frère aîné Jérôme (Gabriel Maillé). C'est que le garçon a une tendance très prononcée pour le mensonge, les expériences loufoques comme les tentatives de pendaison et les petits méfaits en tous genres.

Lors de l'été 1968, la tension au domicile familial des Doré est sans cesse grandissante alors que se multiplient les disputes des parents. Le jour où Madeleine décide de quitter enfants et mari pour partir reconquérir sa vie en Grèce, Léon doit sublimer sa douleur. C'est alors que son tempérament explose et qu'il occupe ses journées de vacances en vandalisant la maison de voisins partis en vacances, en volant et en mentant à tout le monde. Cependant, le manque affectif créé par l'absence de sa mère le rattrapera, un vide qu'il tentera de combler par Léa (Catherine Faucher), une amie tout aussi malheureuse que lui.

C'était la première fois que Philippe Falardeau adaptait l'œuvre littéraire de quelqu'un d'autre, lui qui avait signé les scénarios originaux de «La moitié gauche du frigo» et de «Congorama». Il faut cependant dire que les deux romans qui ont inspiré ce film, «C'est pas moi, je le jure!» (1997) et «Alice court avec René» (2000), sont ici adaptés très librement par le cinéaste-scénariste, qui a notamment éliminé certains personnages et changé la finale.

Or, cette liberté créatrice est probablement ce qui fait que l'exercice d'adaptation est une belle réussite. Malgré quelques longueurs en fin de parcours, le récit coule de façon très fluide et suit avec efficacité sa ligne directrice, soit la lubie de Léon de retrouver sa mère. De plus, le scénario évite soigneusement de tomber dans l'épanchement émotionnel malgré les évènements dramatiques qu'il raconte.

En fait, le cinéaste garde toujours une certaine distance avec l'émotion pure et certains reprocheront probablement au film un petit manque à ce niveau. Qu'importe, cette distance prudente avec son sujet permet au cinéaste de nous plonger avec plus d'à-propos dans un monde fascinant, celui de Léon. La façon de dépeindre l'univers de Léon est probablement l'aspect le plus réussi de « C'est pas moi, je le jure !», grâce notamment aux réflexions profondes, mais toujours contrebalancées par l'innocence de l'enfant. Le tout est particulièrement bien servi par les plans de caméras planants ainsi que par la trame sonore parsemée de la musique de Patrick Watson et du groupe islandais Sigur Ros.

Si cet univers à mi-chemin entre l'enfance et l'adolescence est si bien rendu, c'est en grande partie grâce à la composition du jeune Antoine L'Écuyer. Qu'ils aiment ou pas « C'est pas moi, je le jure ! », la grande majorité des cinéphiles reconnaîtront que le jeune interprète âgé de 11 ans endosse à la perfection le rôle de Léon, un personnage complexe qui occupe la majorité de l'espace dans ce film.

Le garçon est en fait surprenant de réalisme et il exploite avec beaucoup de justesse un rôle qui demandait une bonne dose de savoir-faire. Faut-il en donner crédit à la direction d'acteurs de Philippe Falardeau, au très bon travail fait par les autres jeunes acteurs Gabriel Maillé et Catherine Fauché ou au brio des interprètes Daniel Brière et Suzanne Clément dans le rôle des parents du jeune garçon ? Peut-être est-ce l'ensemble de ces données, mais chose certaine, la performance du jeune L'Écuyer doit être soulignée.

En somme, un film qui a bien quelques longueurs, mais qui exploite de façon exceptionnelle le drame et la comédie. Le tout servi par des interprètes qui font vivre le récit avec force grâce à des personnages hauts en couleur. Philippe Falardeau réussit avec «C'est pas moi, je le jure !» à créer une œuvre empreinte de profondeur, oui, mais également de bonhomie et de naïveté. Un mélange des genres qui risque de plaire au public québécois!

 


lecinema.ca a aimé :
  • L’exploitation judicieuse de la comédie et du drame
  • L’exploitation judicieuse de la comédie et du drame.
  • Des interprètes qui rendent très bien justice à des personnages colorés. Mention particulière à Antoine L’Écuyer dans le rôle principal, qui offre une brillante performance.
  • Le scénario évite de tomber dans l’hyperémotivité et nous plonge avec entrain dans l’univers de Léon.
  • La trame sonore avec en vedette Patrick Watson
lecinema.ca n'a pas aimé :
  • Quelques longueurs en fin de film
  • Le cinéaste garde toujours une certaine distance avec l’émotion.

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