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Critique du film Vicky Cristina BarcelonaWoody Allen est comme le printemps. Peu importe la température, il sera toujours là à chaque année pour présenter un film. Si 2007 relève de l'exception (du moins au Québec, car son «Cassandra's Dream» n'a jamais réussi à être distribué dans les salles), la normale est respectée avec la sortie de son très léger «Vicky Christina Barcelona».
L'été permet l'évasion, les nouvelles rencontres... et les remises en question. De passage à Barcelone, deux amies verront leur existence bouleversée par la rencontre avec le séducteur Juan Antonio (Javier Bardem). Non seulement la célibataire aventureuse Christina (Scarlett Johansson) lui tombe dans les bras, mais il en va de même avec la plus récalcitrante Vicky (Rebecca Hall) qui est sur le point de se marier. Entre attirance, mensonges, dépendance et jalousie, il y a l'ancienne flamme du Don Juan, Maria Elena (Penélope Cruz), qui débarque dans le portrait afin de brouiller encore plus les cartes. Woody Allen fait pratiquement toujours le même film. L'amitié se mute en amour, les espoirs se transforment en déception et les touches du destin sont brimées par une réalité contraignante. Le combat est toujours aussi intense entre la raison de la moralité (le personnage de Vicky) et la passion sans lendemain (celui de Christina), deux concepts qui s'influenceront et se dénatureront. À ce chapitre, il n'y a rien de bien nouveau. Même s'il a pondu ses meilleures œuvres il y a belle lurette («Annie Hall», «Manhattan», «The Purple Rose of Cairo», «Zelig», ...), le petit cinéaste à lunettes continue à mettre en images ses fantasmes les plus élémentaires. Il y a de jolies filles, le jazz est remplacé par des airs frivoles espagnols et New York laisse la place à Barcelone. Ces changements ne sont que cosmétiques tant le sentiment de redite est palpable. La réalisation accessoire est alimentée d'une narration beaucoup trop explicative qui enlève la profondeur nécessaire à la réussite de l'entreprise, venant même briser le rythme au passage. Les dialogues mordants se sont presque tous évaporés pour laisser la latitude à des imbroglios charmants qui ne sont pratiquement jamais dramatiques et très peu rigolos. Un grave problème lorsque l'œuvre porte le sceau de Woody Allen. Ces quelques faux pas se retrouvent au cœur de «Vicky Christina Barcelona». En apparence, la tour d'ivoire est impeccable. Le climat d'été donne de belles chaleurs, la photographie s'intéresse autant à la peinture qu'à l'architecture de Gaudi et les interprètes auront rarement paru aussi sexy. Même si elle apparaît tardivement, Penélope Cruz vole la vedette en animal blessé. Face à elle, Javier Bardem n'aura jamais été aussi séduisant, Scarlett Johansson cache son manque de charisme derrière ses nombreux sourires et c'est Rebecca Hall qui s'avère la révélation du long métrage tant elle éclaire de sa beauté, de son charme et de sa vivacité. L'oeuvre se retrouve finalement aux antipodes de la rumeur émanant de la croisette du dernier Festival de Cannes. En mettant l'emphase sur le chaste baiser échangé entre Cruz et Johansson, c'est l'image (ou le fantasme) qui a été mis sur un piédestal et non le film. Car ce dernier est loin d'être un objet réellement marquant ou significatif. Un autre Woody Allen qui se regarde et s'oublie aisément. Tant mieux si la mélancolie d'un Rohmer est dans l'air, mais elle doit servir une cause ou titiller des questions nouvelles.
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