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L’art de se répéter dans Bangkok Dangerous

Critique du film Bangkok Dangerous

vf: Danger à Bangkok
Légende:
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1 = médiocre
2 = moyen
3 = bon
4 = très bon
5 = extraordinaire

Les frères Pang voudront sans doute oublier leur année américaine 2008. Après avoir vu leur populaire «The Eye» se faire massacrer dans la transposition hollywoodienne, voilà que les célèbres frangins sabordent eux-mêmes le remake de leur propre «Bangkok Dangerous»! Quand ça va mal, ça va mal.

Joe (Nicolas Cage) est un tueur à gages cynique qui préfère cumuler les contrats plutôt que de s'attacher à un port d'attache. Lors de son passage à Bangkok où il doit assassiner quatre personnes, il voit ses propres règles remises en question. Il flirte tout d'abord avec une jeune fille sourde qui lui fait découvrir les joies simples de l'existence. L'Américain décide également d'apprendre les rudiments de son art à un jeune partenaire. Finalement, au lieu de remplir convenablement sa mission, il s'en prend à ses propres employeurs, un geste suicidaire qui risque de se retourner contre lui et ses proches.

Pendant toute leur carrière, les frères Danny et Oxyde Pang se sont passionnés par la technique et cette fascination ressort sur leur dernier long métrage. Sans atteindre la beauté d'un «Re-Cycle», la réalisation regorge ici de trouvailles visuelles intéressantes, dont ce jeu sur les couleurs et la disposition d'éléments saturant l'écran de formes distrayantes. Le résultat ne lorgne pas vers la stylisation d'un Wong Kar-Wai, mais plutôt l'élaboration d'une psyché mélancolique qui se laisse peu à peu envahir par la grise morosité du quotidien.

Hormis cette quête de style, le duo le plus connu du cinéma asiatique n'a jamais été associé à ses histoires profondes et déchirantes. S'il y a eu de bons coups par le passé (le dernier en liste est le très pertinent «The Detective» présenté lors de la dernière édition de Fantasia), il n'y a toujours pas de classique au rendez-vous. En 1999, ils avaient concocté un certain «Bangkok Dangerous» qui ne manquait surtout pas de rythme et de charme. Cette œuvre se regardait comme un pensum philosophique et violent, car les paroles se faisaient extrêmement rares.

C'est tout le contraire de la version américaine. De peur de perdre son public, le personnage de Nicolas Cage (qui agit également en tant que producteur) se vautre dans une longue et interminable narration désillusionnée et narcissique, pratiquement la même qu'il avait dans «Lord of War» et «The Weather Man». Non seulement il explique tous les enjeux (ce qui est un peu douteux chez un personnage qui était au départ muet), mais il est affublé de dialogues risibles et ridicules, quelques-uns parmi les pires de 2008.

Reprenant des concepts à John Woo qui lui les avait volés à Jean-Pierre Melville, «Bangkok Dangerous» échoue lamentablement à développer sa part d'ombres et de lumières. Le concept du tueur à gages désirant s'extirper de sa condition n'est pas nouveau et le film ne surprend jamais. Ni dans sa relation avec l'apprenti, ni au sein de scènes d'action répétitives filmées sans grande originalité. De quoi bailler avant la fin.

Le résultat est encore plus catastrophique lors de ces séquences romantiques saturées d'une musique kitch et des bons sentiments à la tonne. Nicolas Cage, mal à l'aise, ne fait que recourir à son visage de chien triste, un leitmotiv qu'il a utilisé à de maintes occasions par le passé. Ces instants «de douceur» obtiennent exactement l'effet contraire : au lieu de titiller une corde sensible, ils font plutôt rire involontairement.

Contrairement à un Michael Haneke qui avait pratiquement offert une même relecture de son «Funny Games», les frères Pang ont plutôt décidé d'édulcorer leur produit, enlevant l'âme et l'intérêt au passage. Après leur désastreux « The Messengers » en 2007, il s'agit de leur deuxième échec américain consécutif à titre de cinéastes. Pourtant, lorsqu'ils tournent à la maison, le résultat demeure généralement intéressant...

 


lecinema.ca a aimé :
  • La réalisation est vivante et appliquée.
lecinema.ca n'a pas aimé :
  • La narration omniprésente de Nicolas Cage enlève tous les mystères et elle finit par ennuyer.
  • Les dialogues sont particulièrement risibles et boiteux.
  • Le tronçon amoureux fait involontairement rire aux larmes par son ton kitch et quétaine.
  • L’histoire manque de surprises, tout comme les séquences musclées qui s’enchaînent sans passion.
  • Les personnages sont des êtres unidimensionnels qui n’ont souvent qu’une seule utilité.

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