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Réflexion pertinente mais non dénuée de clichés

Critique du film Le banquet

Légende:
--------------------------
1 = médiocre
2 = moyen
3 = bon
4 = très bon
5 = extraordinaire

Sébastien Rose réalise «Le Banquet», un film sombre sur une jeunesse en difficulté et sur les adultes qui n'ont pas su lui venir en aide. Le scénario, dont l'action se déroule en bonne partie dans le milieu universitaire, a été écrit par le cinéaste et Hubert-Yves Rose. Il s'agit d'un long-métrage intéressant et original mais qui se ballade parfois dans des lieux communs. Admettons toutefois que «Le Banquet» fesse fort!



«Le Banquet» est le troisième film de Sébastien Rose. Son tout premier, «Comment ma mère accoucha de moi durant sa ménopause» (2002), a reçu le prix Claude-Jutra. Son deuxième long métrage, «La vie avec mon père», a obtenu de son côté le Prix du public au Festival de Karlovy Vary.

Est-ce que chacun peut trouver sa place au soleil dans notre société? Dans une ville où les valeurs se perdent, que transmet un père à sa fille, un professeur à ses étudiants, un leader étudiant à ses troupes? L'école est-elle toujours ce lieu où se trouvent les amis, la connaissance et l'espoir? Professeur aussi passionné que désabusé, Bertrand (Alexis Martin) est projeté dans une situation qui confronte toutes ses craintes. Jean-Marc, le recteur joué par Raymond Bouchard, n'a qu'une idée en tête : étouffer la contestation étudiante et développer toujours plus son université. Louis-Ferdinand, leader étudiant campé par Frédéric Pierre, est tiraillé entre son cœur et sa tête, les aspirations des étudiants et les siennes. Natacha (Catherine De Léan) veut refaire sa vie, mais très vite, son passé la rattrape, et sa seule bouée est de confronter son père. Gilbert, âme perdue, fréquente l'université sans vraiment savoir pourquoi. Quand il trouvera, ce sera trop tard. Benoît McGinnis interprète ce personnage inquiétant.

Pierre-Antoine Lasnier, Julie McClemens, Sharon Ibgui et Yves Jacques complètent la distribution. Paul Ahmarani y tient également un petit rôle.

«Le Banquet» propose une réflexion fort intéressante et pertinente sur le milieu universitaire. Alors que l'éducation se doit d'être accessible à tous, doit-on quand même imposer certaines balises? Les cancres doivent-ils pouvoir fréquenter l'université? Doit-elle accueillir dans ses salles de classe des étudiants avec des troubles graves du comportement?

Le réalisateur dénonce également le fait que l'université soit devenue pour plusieurs jeunes un lieu où l'on tente de se bâtir un avenir le plus confortable possible alors que cette institution, selon lui, devrait figurer parmi les bastions de la lutte au capitalisme.

Les tiraillements internes entre leaders étudiants tels que présentés dans «Le Banquet» en feront sourciller plus d'un. Il reste cependant que les luttes de pouvoir et les agendas secrets dans les milieux contestataires existent. Le recteur de l'université tentera même personnellement de manipuler Louis-Ferdinand et Granger, le confrère de lutte du jeune homme mais aussi son rival (Lasnier). Ça semble pas mal gros comme situation mais ça démontre à quel point certains sont prêts à jouer sur deux tableaux pour arriver à leurs fins!

Le scénario, qui n'est cependant pas exempt de clichés et lieux communs, est intéressant et tout de même original. «Le Banquet» se prend comme une véritable claque sur la gueule.

Martin est attachant dans la peau du professeur bourru mais passionné. Le comédien accomplit un très bon travail. On suit avec attention le dilemme vécu pour Louis-Ferdinand, qui est avant tout un bon gars avec de bonnes valeurs. Pierre lui donne vie de manière touchante. Bouchard est de son côté égal à lui-même. Quant à McGinnis, son personnage est forcément inquiétant. La beauté de l'acteur et ses grands yeux bleus donnent un côté encore plus lugubre à son Gilbert, un personnage qui n'échappe cependant pas aux clichés propres aux déséquilibrés.

Là où le bat blesse davantage, c'est dans la faiblesse des personnages féminins. Ils sont de véritables stéréotypes sur deux pattes: l'étudiante amoureuse de son prof, l'intervenante sociale pleine de bonne volonté et Natacha, la décrocheuse junkie issue d'un milieu bourgeois campée par De Léan. Il s'agit d'un personnage caricatural à l'accent cheap franchement agaçant!

Précisons que l'ensemble est assez rythmé. L'esthétique du film et les éclairages sont également assez recherchés.

«Le Banquet» n'est pas un film grand public comme tel. On est bien loin d'«À vos marques... Party!», disons-le! Certains personnages ne connaîtront pas une fin heureuse. La dernière scène du long-métrage en laissera même quelques-uns perplexes. On pourrait se poser des questions à propos de la santé mentale du jeune prof qui s'apprête à faire ses débuts.

Ce long-métrage intéressera particulièrement les amateurs de bon cinéma québécois (malgré ses quelques défauts), les étudiants, les professeurs et autres acteurs du milieu de l'éducation ainsi que les personnes des milieux militants. Il s'agit d'une œuvre qui porte à la réflexion et qui se veut fort pertinente.


lecinema.ca a aimé :
  • L’aspect «claque sur la gueule» du long-métrage
  • Le jeu d’Alexis Martin
  • Le ton contestateur du film
  • Le sujet est original et peu abordé au cinéma
lecinema.ca n'a pas aimé :
  • La faiblesse des personnages féminins
  • Le sujet sensible pourrait en rebuter certains, d’autres spectateurs pourraient y voir de l’opportunisme de la part du cinéaste
  • «Le Banquet» n’évite pas les clichés et lieux communs.

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