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Critique du film BorderlineIsabelle Blais est une comédienne qui raffole des premières fois. De Québec-Montréal à Bluff en passant par Les aimants et Saints-Martyrs-Des-Damnés, elle n'hésite pas à prêter ses services aux cinéastes qui tournent leur premier film. Quelques semaines après le décevant La belle empoisonneuse, la voici déjà de retour sur les écrans avec le plus réussi Borderline.
Kiki (Blais) est borderline. Elle raffole des histoires du cul compliquées et elle prend ses jambes à son cou lorsqu'un amoureux lui tombe dans les bras. Entre une mémé susceptible (Angèle Coutu), une mère qui n'est plus elle-même (Sylvie Drapeau) et une aventure avec un homme marié (Jean-Hugues Anglade), sa vie est loin d'être de tout repos. Pourtant, elle ne voudrait que de l'amour. Mais pour y arriver, la jeune femme doit apprendre à aimer sa propre personne... Au départ, ce long métrage est un malaxeur qui mélange les livres Borderline et La Brèche de l'auteure Marie-Sissi Labrèche. Sans s'attarder sur la difficulté d'adapter des romans au cinéma, des choix ont dû être faits. Pourtant, en oubliant les écrits originaux, l'œuvre qu'en a tirée Lyne Charlebois (réalisatrice de Tabou et Nos étés pour la télévision) se tient parfaitement par elle-même. Sans doute les idées et les déchirements intérieurs sont trop expliqués, mais la mise en scène ingénieuse superpose habilement trois espaces temporels. Il y a donc Kiki à l'âge de 10 ans (qui est superbement campée par Laurence Carbonneau), de 20 ans et de 30 ans. En jouant sur trois décennies, la cinéaste dresse le portrait psychologique de sa protagoniste et des gens qui l'entourent. Ce procédé n'est pourtant pas sans failles. Dans les premières années de son existence, Kiki est cet enfant confronté aux pleurs, à l'abandon (partiel) et même à la folie. Des moments intenses qui sont amenés avec beaucoup de retenue. Le passage à l'âge adulte est bien entendu désastreux. Étrangement, dès qu'Isabelle Blais apparaît avec les cheveux blonds, le récit déraille. Non seulement les clichés sont abondants, mais quelques scènes pataugent dans le symbolisme de bas étage, comme cette fille nue suspendue dans les airs, portée par un flot musical presque biblique. Heureusement, l'héroïne prend de la maturité et la progression s'améliore. Dans le présent, les rencontres fortuites peu crédibles s'avèrent mignonnes, hormis peut-être cette conclusion télégraphiée où la tendresse arrive soudainement... En plaidant pour la fuite, Borderline ne fait pas oublier cette souffrance. Très souvent, l'essai passe à un doigt de baigner dans le mélo. La mère est folle, la mémé se retrouve toujours sur le dos, la meilleure amie est une lesbienne célibataire qui attend un enfant et de nombreux fantômes reviennent dans l'existence de Kiki pour lui faire sentir que le destin frappe aux portes voisines. Quand ça va mal, ça va mal. Les nombreuses scènes de nudité superflues sont généralement plus cliniques qu'érotiques, renvoyant à la pathologie du personnage principal qui ne se sent aimé que pour son cul. Au sein de ces relations brutes et tordues dominent les femmes. L'œuvre repose sur les épaules d'Isabelle Blais et la comédienne livre une performance intense, se dévoilant et criant pour faire passer le message. Près d'elle se retrouve une Angèle Coutu qui force un peu les mimiques, mais surtout une Sylvie Drapeau qui évite de trop en mettre et une Laurence Carbonneau qui fait rire d'un humour désespéré. Quant à eux, les hommes sont faibles, absents ou pas toujours compréhensifs. Entre Antoine Bertrand et Pierre-Luc Brillant (et l'on peut rajouter Blais et Carbonneau), c'est à se demander si la distribution de l'émission de télévision C.A. n'a pas été retenue au complet. Leur performance est toutefois pâle par rapport à celle, pleinement habitée, du toujours excellent Jean-Hugues Anglade qui se fait pourtant si rare sur les écrans. Le sublime Charles IX de La Reine Margot chez Patrice Chéreau défend un être peu aimable qui arrive, ô miracle, à obtenir la sympathie du spectateur. Ses scènes avec Blais sont facilement les plus déstabilisantes tant la passion et la destruction font bon ménage. Réalisé avec aisance avec un soin particulier pour la musique (Radiohead, Stefie Shock), Borderline offre un récit mouvementé et splendide pour les yeux. La raison, elle, suit des zigzagues d'émotions avec beaucoup plus de hauts que de bas. Si elle tourne un peu en rond, la prémisse finit par captiver par le brio de sa principale interprète, et par la complexité de la mise en scène. Même si c'est parfois répétitif et trop précieux, des thèmes touchent en faisant réfléchir.
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