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Critique du film Sans elleObscur et exalté, Sans Elle oblique vers le récit illusoire. On en vient alors à perdre pied et à ne jamais regagner l'équilibre. D'accord, le film s'élabore autour du thème du déséquilibre, néanmoins, on aurait aimé qu'il se déploie de manière à chambouler notre cœur à l'instar de notre tête.
C'est au terme d'un voyage en Europe que Camille est rapatriée dans sa ville natale. Son retour précipité l'amène à affronter la mystérieuse disparition de sa mère, survenue peu de temps avant son départ. Cette disparition qui n'avait jamais été élucidée l'avait empêchée d'opérer un deuil définitif. C'est afin de regagner un plus grand équilibre mental que Camille entreprend de suivre les dernières traces laissées par sa mère. Son périple la mènera à rencontrer une famille franchement louche des Îles de la Madeleine. C'est là qu'elle s'esquivera dans les méandres de son esprit troublé. Ce que l'on apprécie surtout, l'audace d'avoir travaillé des thèmes aussi lourds : le deuil, les désordres psychiques, l'émergence. C'est un défi de taille surtout que ces thèmes créent l'histoire plutôt qu'ils ne la servent. Toutefois, leur traitement additionné aux nombreuses associations libres qui nous viennent en tête après le film, finissent un peu par gâcher la sauce. On aurait sans doute préféré plus de silences, moins de coupures, plus de temps pour s'attacher aux personnages. Sur le plan de l'image, l'eau, le vent, le ciel gris, autant d'éléments qui s'unissent pour nous offrir un univers étranger. L'ininterruption de l'eau, du vent et de la grisaille en vient toutefois à nous étouffer. Accorder une telle place, tout particulièrement à l'eau et à la mer, nous rappelle, au bout d'un moment, que rien dans l'histoire ne se rattache vraiment à l'eau, exception faite du calembour mer-mère et des allusions qu'on peut créer avec ces deux mots. Alors, pourquoi autant d'eau? La direction photo manque quant à elle de raffinement : couleur ternes, prises de vue étudiées, une odeur de documentaire nous vient parfois au nez, malgré l'air salin des Îles. Côté scénario, Joanne Arseneau a réussi à éviter de laisser planer ses personnages entre des thèmes trop obscurs. Tant pour leur véracité, leur fantaisie ou leur violence, ces personnages amènent tous davantage de profondeur aux réflexions. Seul bémol, leur caractère, tantôt trop folklorique, tantôt trop rude, nous fait décrocher, parfois même au point de se sentir, là, spectateur dans la salle. Quant au jeu de Karine Vanasse : juste, concret, libre. Marie-Thérèse Fortin? Intense et stable. Un coup de cœur? La performance essentielle d'Emmanuel Schwartz dans le rôle de Gabriel, le fils de la famille madelinoise. Sans Elle s'attaque à des thèmes qu'on aimerait voir plus souvent au cinéma, mais ne sait se définir à travers ceux-ci et nous égare par le fait même. Malgré le talent des comédiens, le film ne nous touche pas particulièrement.
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