Ghyslaine Côté est capable de changer de robe en gardant maîtrise et intérêt. Après son difficile mélo Elles étaient cinq, la réalisatrice de Pin-Pon, le film mélange drame et comédie pour offrir un plat assez luxueux en Le Secret de ma mère. Il y a des excès et des fautes de goût, mais l’ensemble est juste à point pour étonner et divertir.
Les funérailles de Jos (Guy Thauvette) sont le moment propice pour que les confidences et les secrets volent en éclats. Lorsque parents et amis sont réunis dans un même lieu, les caractères extravagants de chacun ressortent au grand jour et les anecdotes sur le passé se multiplient. Si le rire pimentera de nombreuses situations, la fille Jeanne (Céline Bonnier) en apprendra des vertes et des pas mûres sur son père, sa mère (Ginette Reno) et les gens qu’elle pensait bien connaître.
Il ne faut jamais faire confiance à sa famille. Malgré toutes les bonnes intentions du monde, des mensonges et des cachotteries existeront toujours pour ne pas faire mal ou heurter la sensibilité fragile d’autrui. C’est ce que se rendra compte à ses dépens la protagoniste principale de cette comédie dramatique. Les histoires qu’on lui raconte ne représentent pas toujours la vérité et il est pratiquement impossible de distinguer le vrai du faux. En partant de cette prémisse, tout peut arriver (le cadavre est-il aussi frais qu’on le répète?) et cette imagination devient magique en de multiples occasions, comme ce génial plan séquence dansé et chanté à travers une habitation.
Cette relecture de la populaire série américaine Six Feets Under comporte également une multitude de personnages tirés par les cheveux qui ne se veulent malheureusement jamais très approfondis. Une bonne partie de la distribution semble avoir été engagée pour tirer sa blague et se fondre ensuite dans le décor. Au moins, il y a quelques figures plus solides qui ravissent à tous les instants. David Boutin crève l’écran en jeune prétendant charismatique et imbu de lui-même. Malgré les stéréotypes d’usage, l’acteur arrive à séduire et à faire rire en un tour de main. Plus triste et fragile, Ginette Reno se veut également excellente en mère aimante qui pense bien faire pour s’assurer la sérénité. Dans les instants plus tristes, elle vole facilement la vedette en tremblant de tout son être. La distribution secondaire possède également ses moments forts, que ce soit par la possédée Bianca Gervais ou l’hallucinant Guy Thauvette qui s’efface encore trop rapidement.
Bénéficiant d’une très belle recréation d’époque rappelant par moment Histoire de Famille, ce long-métrage prêche légèrement par excès. Les instants kitch sont prédominants et délicieux, le couple formé de David Boutin et Joëlle Morin s’avère incroyablement crédible. En contrepartie, l’humour de la première partie laisse un peu à désirer. Peu importe la situation, le scénariste Martin Girard cherche à faire rire et il manque un peu de jus. Au lieu de presser continuellement le citron, il faudrait laisser le temps faire son effet. Par la suite, c’est beaucoup mieux, les coups de théâtre, la suspicion et les drames entrant davantage en jeu. Dès que l’intrigue commence à tourner sur elle-même, c’est la fin avant l’heure et demie attendue, et ce délicieux clin d’œil qu’il ne faudra pas manquer dans la dernière scène, peu après le début du générique.
À la fois léger et profond, caricatural et complexe, comique et tragique, Le Secret de ma mère évite les classifications en demeurant authentique. Malgré quelques touches magiques, le paroxysme n’est pas atteint complètement, mais le brio de la plupart des interprètes compense pour les largesses et les maladresses. En espérant que les discussions familiales ne soient pas aussi animées en sortant de la projection…
lecinema.ca a aimé :
Le mélange de style confère un petit côté imprévisible.
Ginette Reno, David Boutin et plusieurs autres comédiens sont plutôt excellents.
La fantaisie est lumineuse, le plan séquence s’avère délirant et il est le bienvenu.
lecinema.ca n'a pas aimé :
Quelques personnages sont si peu développés et la caricature est parfois prédominante.
L’humour de la première partie ne fonctionne qu’à moitié.