À la fois nécessaire et étouffant, un brin sensationnaliste et à l’espoir transcendant à la toute fin, The Road to Guantanamo est facilement une des œuvres les plus réussies de Michael Winterbottom. La mince ligne entre la fiction et la réalité se rétrécit encore et toujours...
Michael Winterbottom enchaîne les films à un rythme démesuré. Un hommage à la new-wave par l’entremise de l’excellent 24 Hours Party People, de la science-fiction philosophique avec le délicat Code 46 et de la banale porno rock’n’roll chez le masturbant 9 Songs. Cette fois, il change de registre avec une facilité déconcertante. En s’adjoignant l’aide du réalisateur Mat Whitecross, il plonge dans l’histoire vécue racontée le plus fidèlement en épousant totalement le récit de ses « héros ».
La prémisse n’a rien d’ordinaire et elle malmène la morale et les valeurs. En septembre 2001, les jeunes britanniques Ruhel (Farhad Harun), Shafiq (Riz Ahmed), Asif (Arfan Usman) et Monir (Waqar Siddiqui) partent pour le Pakistan pour le mariage de l’un d’entre eux. De fil en aiguille, ils se retrouvent en Afghanistan, luttant pour leur survie en fuyant les bombes et les traquenards. Capturés par les forces américaines, ils sont transportés de lieu en lieu avant d’aboutir à Cuba, plus précisément dans les camps de Guantanamo. Pendant des années, ces personnes ordinaires sont battues et maltraitées dans des conditions inhumaines détruisant autant le corps que l’esprit. Les États-Unis et la Grande-Bretagne les soupçonnent d’appartenir au régime des Talibans et ils feront l’impossible pour obtenir des aveux incriminants.
The Road to Guantanamo est une démonstration qui donne des frissons dans le dos. Son traitement direct laisse croire au documentaire. Les protagonistes s’adressent à la caméra, le montage d’une précision chirurgicale fait souvent pomper le cœur et le rythme rapide empêche la moindre divagation de la rétine. L’utilisation des caméras journalistiques, déjà empruntée dans le boursouflé Welcome to Sarajevo, offre un regard plus que sarcastique en plus de bien planter les décors et les années.
Cet opus lauréat de l’Ours d’argent au dernier Festival de Berlin est également une charge acidulée contre l’impérialisme sous toutes ses formes. Il dénonce les libérateurs occidentaux qui ont recours à la barbarie pour faire triompher leurs lois et leurs ordres. Le traitement se veut très cynique sur cette démocratie volatile qui disparaît selon le nom ou la couleur de la peau. Cette vision sombre n’est pas sans humour noir – un homme se fait frapper jusqu’au moment où il avouera le lieux de réclusion de Ben Laden – et l’espoir émane à la toute fin. Devant tant d’horreur, des hommes se dressent, continuent à supporter les coups sans jamais perdre la foi et le courage de se battre.
En engageant des acteurs non professionnels pour tenir les premiers rôles et en reproduisant les pires horreurs selon la seule source des victimes, cette docu-fiction risque de s’attirer les foudres de plusieurs personnes. Sans doute la charge est par moment manipulatrice, le sensationnalisme n’est jamais très éloigné du recueillement profond et Winterbottom ne manque pas une occasion pour enfoncer son clou, mais sa démonstration est éclatante. Il questionne le rôle des grandes puissances en recréant des injustices coutumières. Il emploie à la perfection des protagonistes en les combinant à une trame sonore légèrement étouffante, mais sans cesse touchée par la grâce. Seulement pour ce parti pris insatiable mettant le cinéma au service d’une cause, The Road to Guantanamo mérite d’être absorbé. De quoi en ressortir transformé à jamais.
lecinema.ca a aimé :
Le traitement visuel et sonore est éclatant. L’œuvre explose et laisse des séquelles.
L’ensemble de la distribution joue dans la note.
Le côté engagé et tapageur ne laisse jamais indifférent.
Le rythme trépidant accroche de la première à la dernière image.
lecinema.ca n'a pas aimé :
C’est un peu sensationnaliste et manipulateur par moment.